Robert Hirsch

Acteur de 93 ans (26 juillet 1925)

Biographie

Robert Hirsch est un acteur français né le 26 juillet 1925 à L'Isle-Adam, dans le Val-d'Oise (France).
Venu de la danse classique, il opte pour le Conservatoire national supérieur d'art dramatique d'où il sort en 1948 avec deux premiers prix de comédie. Sa carrière est d'emblée vertigineuse.
Son rôle d'Arlequin dans La Double Inconstance de Marivaux (aux côtés de Micheline Boudet dans une mise en scène de Jacques Charon) le révèle au grand public. Elsa Triolet lui rend un bel hommage : « Robert Hirsch [...] est étonnant de gaîté, d’humanité, de gentillesse. Les répliques de Marivaux semblent naître directement dans sa bouche, être de lui ».
Il a interprété les plus grands rôles du répertoire classique, notamment à la Comédie-Française. Mais il a aussi créé quelques rares auteurs vivants, comme Eugène Ionesco en 1966.
Il a créé, en septembre 2012 à Hébertot, la pièce de Florian Zeller, intitulée Le Père.

Dans Le sexe faible d’Édouard Bourdet, Hirsch fait du gigolo Carlos une étonnante création. Jean-Jacques Gautier s’enthousiasme à propos de son jeu : « Robert Hirsch, le cheveu sombre et luisant, le regard charbonneux, la denture éblouissante, l’accent savoureux, multiplia les mimiques d’une incroyable drôlerie. Impossible de résister à ses fureurs bouffonnes, non plus qu’à sa gesticulation frénétique. Il se dégage du personnage de Carlos interprété par M. Hirsch une stupéfiante, une énorme drôlerie ».
Cette première partie de la carrière de Robert Hirsch est marquée par son interprétation de deux rôles de Molière, Scapin et Sosie. Pour les Fourberies de Scapin, la mise en scène de Jacques Charon est efficace mais sans inventivité. L’intérêt, c’est Scapin-Hirsch. Dans un ouvrage de fiction, Le Roman d'un souffleur, Micheline Boudet décrit le spectacle : "(...) quel feu ce petit bonhomme, c'est du salpètre - il se donne à fond - on sent qu'il a son métier dans la peau (...) A la scène des procès, il a une trouvaille par réplique. On voit passer "le petit mulet" avec ses longues oreilles, les doigts crochus des créanciers, l'ombre noire de la justice, le public hurle de rire. Il a une puissance telle qu'il entraîne la fine troupe littéralement galvanisée." (p. 60-61) La critique abonde dans le même sens « d’emblée, Robert Hirsch se pose et pose son Scapin devant nous. Il apparaît : il n’est même plus Robert Hirsch dans Scapin, un comédien, mais une vedette, une star, Scapin en Robert Hirsch. Il a ses tics dont il joue. Jamais il n’essaie de nous faire croire qu’il est quelqu’un d’autre que lui-même. Il est Scapin-Hirsch. Un Protée. Un enfant prodige qui joue et se joue de tout ». L’enthousiasme de Jean-Jacques Gautier vaut bien le précédent : « Scapin, c’est Robert Hirsch. Et Robert Hirsch est un acteur prodigieux, un acteur de génie qui s’apparente aux plus grands de toujours. Sa puissance comique est énorme. Il a le théâtre en lui. Du vif argent coule dans ses veines ». Pourtant, derrière le comédien-virtuose pointe le clown triste que signale Bernard Dort : « S’il ne compose pas Scapin, il ne joue pas non plus Molière mais Hirsch : c’est-à-dire un enfant gâté qui aime à se travestir. Un enfant frustré qui ne fait des tours aux autres que parce qu’il se sent mal dans sa peau. Un enfant terrible, toujours sur le bord des larmes ». « Son Sosie est vrai, trop vrai à force d’être composé. Ce n’est plus un rôle ; ce n’est même pas le rôle d’Amphitryon ; c’est un digest de tous les rôles, des fous de Shakespeare aux égarés de Pirandello, en passant par chaque valet du répertoire. Hirsch apparaît, Hirsch parle, Hirsch parodie : personne autour de lui ne joue plus. On fait silence et on regarde. Hirsch est Sosie ; il est Amphitryon : il est Alcmène... Il n’a pas de double ; il est à lui-même son double, et bien plus encore. Il n’appartient plus à la pièce. C’est un acteur anthropophage : il a dévoré tout le Français ». Admirative, Béatrix Dussane observe, de façon judicieuse : « On fait grande fête au Sosie de Robert Hirsch, prétexte à mille trouvailles certes irrésistibles, mais quelque peu détaché de l’ensemble par l’abondance même d’une verve dont la bouffonnerie s’enlève sur un fond triste. Le comique de Hirsch, qui parfois touche à l’invention géniale, s’apparente plus à Chaplin qu’à Scaramouche ». Guy Dumur n’avait-il pas déjà remarqué dans sa critique de Un homme comme les autres : « Robert Hirsch pour qui le temps est venu de nous prouver qu’il est un grand acteur. Qu’il joue Richard III, par exemple ».
Bouffon grandiose et pitoyable, Robert Hirsch mime les situations jusqu’à l’absurde, plus qu’il ne dit les mots. En ce sens, il devient un formidable créateur d’images folles superposées au texte ; il est, à proprement parler, un comédien surréaliste et il apporte quelque modernité dans le jeu de la Maison. Désormais, c’est toute la troupe qui tourne autour de lui et joue les faire-valoir. Ainsi, dans Un fil à la patte de Georges Feydeau, campe-t-il un Bouzin pathétique. Françoise Kourilsky, pourtant irritée par le choix d’une telle œuvre, ne peut cacher son admiration : « Robert Hirsch se surpasse dans une composition où ne manque aucun “truc d’acteur”. C’est un pot-pourri de Scapin, de Charlot, de Guignol... Grimé de façon insolite (on pense au maquillage d’Ekkehard Schall dans Arturo Ui), il fait une entrée d’autant plus remarquée qu’elle est attendue. Pantin gesticulant, il se désarticule sans fin, se plie, se déplie ; se replie, monte et descend les escaliers en y touchant à peine, prend des mines éperdues ou inquiétantes, soulignées par une série de grognements bizarres. Le tout avec une virtuosité qui force l’admiration et l’irritation. On n’applaudit plus au mot, on applaudit à la grimace. On n’est plus au théâtre, mais au cirque ou chez les chansonniers. La continuité dramatique est sacrifiée au gag. Un sort est fait à chaque geste, à chaque mimique, à chaque intonation ». Béatrix Dussane observe qu’« il ajoute, à son désopilant personnage de bouffon calamiteux, une manière de seconde vie, qui le prolonge vers Kafka ou vers Shakespeare... ».
Un an auparavant, Hirsch avait enfin abordé la tragédie en interprétant le rôle de Néron du Britannicus de Racine, mis en scène par Michel Vitold. Le rôle de Néron est, de tout le théâtre de Racine, celui qui permet le plus d’innovation, voire d’extravagance. Au début du siècle, à la Comédie-Française, Mounet-Sully et Edouard de Max n’ont-ils pas affirmé cette conception d’un Néron caractériel ? Par ailleurs, la mise en scène de Michel Vitold vient à un moment de crise profonde. La Comédie-Française excelle dans Molière, Labiche et Feydeau mais — à un moment où triomphent Vilar et Barrault sur d’autres scènes — la représentation tragique ne parvient pas à convaincre : des mises en scène sans inventivité, des tragédiens sans génie... Dans ce contexte, l’interprétation de Robert Hirsch fait date. Béatrix Dussane analyse le jeu de Robert Hirsch avec beaucoup de précision : « Hirsch nous a donné un des Néron les plus intéressants que nous ayons jamais entendus. Il ne dispose pas — et il le sait — des somptueuses ressources vocales si nécessaires en principe aux tragédiens. Aussi fait-il alterner les éclats d’extrême violence, toujours étonnemment intenses et justes, avec de longs passages parfois presque murmurés où, du coup, il frôle le chuchotement, risque l’ironie familière et suggère même, sans s’y abandonner cependant, la virtuelle possibilité d’un effet comique ». Jean-Jacques Gautier reproche pourtant le ton général beaucoup plus shakespearien que classique de la mise en scène. Bertrand Poirot-Delpech semble frappé par l’« identification maladive » du rôle. « Le Néron qu’il vient de créer au Français est un exemple peu commun d’interprétation réaliste ». Naguère on reprocha à l’acteur Beaubourg les mêmes excès : « son jeu était outré, ses gestes forcés, sa déclamation peu naturelle, ses inflexions désagréables. [...] Lorsque Beaubourg jouait Néron dans Britannicus, c’était avec des cris affreux et tout l’emportement de la férocité qu’il disait à Burrhus, en parlant d’Agrippine :
Malgré quelques réserves et le fait que ce Britannicus s’apparente sans doute davantage à un drame de Shakespeare qu’à une tragédie de Racine, ce moment reste mémorable dans l’histoire de la maison et dans la carrière de Robert Hirsch.
Pendant l’administration Escande, Hirsch vole de succès en succès : La Soif et la faim d’Eugène Ionesco, Tartuffe, Arturo Ui au TNP, où il reprend le rôle créé par Vilar, George Dandin, Becket (Anouilh, Richard III...
La rencontre de Robert Hirsch avec Jean-Paul Roussillon — alors étoile montante de la mise en scène au Théâtre-Français — a lieu dans George Dandin. Claude Olivier, dans les Lettres françaises (14 octobre 1970), reproche à Roussillon un certain manque de rigueur dans sa lecture, comparée à celle de Planchon quelques années auparavant. Il s’indigne aussi de la fâcheuse habitude des acteurs du Français qui en font trop. Par contre, François-Régis Bastide est enthousiaste : « il y a Robert Hirsch, qui était déjà l’an dernier un Tartuffe admirable. Je me demande si ce Dandin n’est pas encore plus admirable, car plus difficile, plus contraire aux pentes naturelles de Robert Hirsch. Il n’avait jamais fait ça. [...] Tout ce qui est souvent un peu outré dans le jeu de Hirsch, un peu trop sûr de ses moyens physiques, de sa force, de sa folie de bête, deviendra la profonde tristesse, l’accablement le plus sobre, le plus dominé. Il suffit de l’entendre murmurer pour lui-même ses “Oh ! George Dandin !” C’est déchirant ».
Robert Hirsch aborde enfin un personnage de roi shakespearien, Richard III, pour sa dernière création en tant que sociétaire de la Comédie-Française. « Connaissant sa tendance naturelle au paroxysme clinique, on pouvait redouter qu’il ne compose un Richard claudiquant, tremblotant. Or, il se contente de poser en commençant les contours physiques du personnage, la tête posée de biais au bas da la bosse, le rythme cassé de la marche, le bruit de pied-bot foulant le sol, mais le regard et la voix restent aussi insondables dans la détresse du dépouillement que dans la férocité » écrit Bertrand Poirot-Delpech dans Le Monde du 31 mars 1972. Pour Mathieu Galey, Robert Hirsch bien dirigé par Terry Hands « s’assagit, se concentre dans un effort d’une admirable rigueur ». Même sentiment chez Guy Dumur dans Le Nouvel Observateur qui écrit : « Hirsch réussit à nous prendre nous-mêmes à son jeu. Il devient émouvant, il joue de son hystérie, de ses infirmités en grand, en immense comédien. Quand après une pirouette, il revient à son cynisme, à sa méchanceté naturelle, on sent comme un souffle glacé vous parcourir le dos ».
Dans Le Gardien d'Harold Pinter, en 2006/2007, mise en scène de Didier Long, Hugo Lattard de Ruedutheatre analyse : "Robert Hirsch est lâché comme dans un jeu de quilles. De la bête de scène vorace qui, dans sa longue carrière, a vampirisé une liste de pièces épaisse comme l’annuaire, il reste à peu près tout. Sous l’allure frêle et dégingandée se cache un ogre. Remonté comme une pendule, bardé de tics, dans une incessante danse de Saint-Guy, sitôt son entrée, il couine, souffle, peste, râle, fulmine, tempête, gronde. Il use de tous les registres, du grotesque, s’appuie sur le public comme au boulevard, se sent pousser des ailes, en fait trop, vise juste l’instant d’après. Il joue. Un rôle qui lui ressemble. Et avec une facilité étonnante, il tire toute la couverture à lui. En face, pendant ce temps, on regarde un peu passer le train."
Robert Hirsch a été élevé au rang de Commandeur des Arts et Lettres le mardi 5 décembre 2006.

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