Jacques Tati

Acteur et réalisateur né le 09 octobre 1907 (décédé à 75 ans)

Biographie

Jacques Tati, né Jacques Tatischeff le 9 octobre 1907 au Pecq (Yvelines), près du square portant à présent son nom et mort le 4 novembre 1982 à Paris, est un réalisateur et acteur français.
Jacques Tati est d'origine franco-russo-néerlando-italienne. Son père, Georges Emmanuel Tatischeff, né en 1875 à Paris (mort en 1957), est le fils naturel du comte Dmitri Tatischeff, général de l'armée russe, attaché militaire à l'ambassade de Russie à Paris, qui meurt peu après la naissance de l'enfant, et d'une Française, Rose Anathalie Alinquant. L'enfant connaît une période agitée : il est enlevé et emmené en Russie, et sa mère ne peut le ramener en France qu'en 1883. Elle s'installe dans un endroit assez retiré : Le Pecq, près de Saint-Germain-en-Laye. En 1903, Georges-Emmanuel Tatischeff épouse Claire van Hoof (décédée en 1968), elle-même d'origine italo-néerlandaise, dont il aura deux enfants, Nathalie (née en 1905) et Jacques. Le père de Claire, néerlandais, est encadreur ; il fait entrer Georges-Emmanuel dans son entreprise. La famille Tatischeff dispose donc d'un niveau de vie assez élevé. Par la suite, Georges-Emmanuel deviendra le directeur de l'entreprise Van Hoof.
Jacques Tatischeff paraît avoir été un écolier médiocre ; en revanche, il est assez sportif et pratique le tennis et encore plus l'équitation ; il abandonne les études à 16 ans (1923) et entre comme apprenti dans l'entreprise familiale, où il est formé par son grand-père. En 1927-1928, il effectue son service militaire à Saint-Germain-en-Laye, dans la cavalerie (16e régiment de dragons). Il effectue ensuite un stage à Londres, au cours duquel il s'initie au rugby. À son retour, il découvre ses talents comiques dans le cadre de l'équipe de rugby du Racing Club de France, dont le capitaine est Alfred Sauvy, et un des supporters, Tristan Bernard.
Il abandonne le métier d'encadreur en 1931 ou 1932, au moment où la crise économique mondiale atteint la France, et notamment le monde du spectacle. Il connaît donc une période très difficile, au cours de laquelle malgré tout il élabore le numéro qui deviendra Impressions sportives. Il participe au spectacle (amateur) organisé par Alfred Sauvy chaque année de 1931 à 1934.
Il est probable qu'il ait eu des engagements rémunérés au music-hall, mais ils ne sont attestés qu'à partir de 1935, année où il joue pour le gala du journal Le Journal fêtant le record de la traversée de l'Atlantique par le Normandie. Parmi les spectateurs se trouve Colette, qui fera par la suite un commentaire très élogieux du numéro de Tati. Il est ensuite engagé dans la revue du Théâtre-Michel, puis après un séjour à Londres, il est engagé en 1936 à l'ABC dans la revue dirigée par Marie Dubas. À partir de là, il travaille sans interruption jusqu'à la guerre.
Durant les années 1930, il commence aussi à jouer comme acteur de cinéma :
Il est mobilisé dès septembre 1939 au 16e régiment de dragons, puis est versé dans une nouvelle unité avec laquelle il participe en mai 1940 à la bataille sur la Meuse. Au cours de la débâcle, il se replie jusqu'en Dordogne où il est démobilisé.
Entre 1940 et 1942, il présente ses Impressions sportives au Lido de Paris. Il y rencontre la danseuse Herta Schiel, qui avait fui l'Autriche avec sa sœur Molly au moment de l'Anschluss. À l'été 1942, Herta accouche d'une fille, Helga Marie-Jeanne Schiel. Suivant les conseils de sa sœur Nathalie, Tati refuse de reconnaître l'enfant, quitte la mère, et est renvoyé du cabaret. À l'heure actuelle (début 2009), Helga Marie-Jeanne Schiel et sa famille habitent en Angleterre,. Il se produit aussi à la Scala de Berlin en 1942. Puis il quitte Paris et passe quelques mois de 1943 à Sainte-Sévère avec un ami, le scénariste Henri Marquet ; ils y écrivent le scénario de L'École des facteurs.
Il se marie le 25 mars 1944 avec Micheline Winter. Il recommence à travailler comme acteur de cinéma à la fin de la guerre. Envisagé comme substitut éventuel de Jean-Louis Barrault pour Les Enfants du paradis, il joue le rôle du fantôme dans Sylvie et le Fantôme de Claude Autant-Lara et figure aussi dans Le Diable au corps du même auteur. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Fred Orain, directeur des studios de Saint-Maurice et de ceux de la Victorine à Nice.
Au début de 1946, Orain et Tati fondent une maison de production, Cady-Films, qui est à l'origine des trois premiers films de Tati.
En 1946, année de la naissance de Sophie-Catherine Tatischeff, il réalise un court métrage intitulé L'École des facteurs. Le réalisateur pressenti était René Clément, mais celui-ci est alors occupé par La Bataille du rail et c'est Jacques Tati qui va assumer la fonction.
Son premier long métrage, Jour de fête, dans lequel sa femme joue un rôle, est tourné en 1947, achevé en 1948, mais ne sort en France que le 4 juillet 1949, en raison des réticences des distributeurs français. Le film, sorti avec succès à Londres dès mars 1949, connaît finalement un grand succès public en France, même si les critiques sont généralement peu enthousiastes. Le film reçoit cependant le Grand prix du cinéma français en 1950. Il devait être un des premiers longs-métrages français en couleur, mais l'aspect expérimental du nouveau système couleur Thomsoncolor et le coût élevé d'un tirage couleur firent qu’il dut sortir en noir et blanc. Ce n'est qu'en 1995 qu'une copie couleur put être tirée et présentée au public.
1949 est aussi l'année de la naissance de Pierre-François Tatischeff, alias Pierre Tati.
Le film fut tourné entre autres dans la commune de Sainte-Sévère dans l'Indre avec seulement cinq comédiens professionnels et une armada de figurants issus du village. On peut y voir aujourd'hui un site dédié au film.
Avant la guerre, lors d'une visite chez des amis de Saint-Nazaire, M. et Mme Lemoine, installés près de la plage de Port Charlotte, Tati est séduit par la plage voisine de Saint-Marc-sur-Mer (Loire-Atlantique). Il décide d'y revenir un jour pour tourner un film. Lors du tournage des Vacances de monsieur Hulot, Jacques Lagrange, alors décorateur, devient son collaborateur et le reste jusqu'à la fin de la vie de Tati. Le personnage de M. Hulot lui a été inspiré par un véritable Monsieur Hulot, qui n'était autre que le grand père de Nicolas Hulot.
Les Vacances de monsieur Hulot sort en 1953 ; ce nouveau personnage est très remarqué par la critique, mais aussi par le public du monde entier, et le film va recevoir plusieurs récompenses dont le Prix Louis-Delluc. Les Vacances reste l'un des films français les plus appréciés de cette période.
Des problèmes divers vont retarder la sortie du film suivant, auquel Tati pense dès 1954. En 1955, il subit un assez grave accident de voiture, dont il gardera une infirmité de la main gauche et un certain affaiblissement physique. D'autre part, le succès des Vacances de monsieur Hulot génère des revenus importants, mais Jacques Tati s'estime lésé par Fred Orain ; ce différend provoque la rupture de leur association et la création par Tati de sa propre maison de production, Specta Films en 1956. Du côté positif, on peut noter l'entrée au service de Tati de Pierre Étaix (en 1956).
Mon oncle, son premier film sorti en couleur, sort en 1958, ainsi qu'une version anglaise, My Uncle, légèrement différente par la durée et le scénario ; il reçoit des distinctions importantes en France et à l'étranger : notamment l'Oscar du Meilleur film étranger à Hollywood. Grâce à ces récompenses, la famille Tati s'installe à Saint-Germain-en-Laye.
Villa Arpel au Cent Quatre
Villa Arpel
De 1964 à 1967, très occupé par le projet de Playtime, Tati co-réalise également un court métrage Cours du soir dans lequel il tient le rôle du professeur.
En 1967, de graves problèmes financiers liés au tournage de Playtime l'obligent à hypothéquer sa demeure de Saint-Germain-en-Laye ; ses films antérieurs sont placés sous séquestre par décision de justice. Playtime sort à la fin de 1967, il est assez bien accueilli en Grande-Bretagne, en Suède et en Amérique du Sud ; en France, c'est un demi-échec ; et il ne sort pas aux États-Unis, contrairement à ce que Tati espérait. Playtime a demandé des investissements énormes (la construction du décor de Tativille) et s'est avéré plus coûteux que prévu. Au total, Tati se trouve en 1968 dans une situation financière catastrophique. La maison de Saint-Germain est vendue après la mort de Claire Van Hoof ; Tati s'installe à Paris avec sa femme Micheline. Specta Films est placée sous administration judiciaire. La conclusion sera, en 1974, la liquidation de la société, avec une vente aux enchères de tous les droits et films pour seulement un peu plus de 120 000 francs.
Jacques Tati crée dès 1969 une nouvelle société de production, la CEPEC, mais il est amené à réduire ses ambitions : Trafic, quoique projeté en salle en 1971, est au départ conçu pour être un téléfilm. Le réalisateur ne peut monter son dernier long métrage, Parade, qu'avec l'aide de la télévision suédoise en 1973.
En 1977, il reçoit un César du cinéma pour l'ensemble de son œuvre.
Affaibli par de graves problèmes de santé, il meurt le 4 novembre 1982 d'une embolie pulmonaire, laissant un ultime scénario intitulé Confusion, qu'il avait achevé avec Jacques Lagrange et plusieurs fois reporté. Au début du film, Monsieur Hulot devait être accidentellement tué en pénétrant dans un studio, en plein milieu d'un tournage d'une scène avec des tirs, l'une des balles devant être réelle et touchant mortellement Hulot. Ron Mael et Russell Mael, du groupe Sparks, auraient dû jouer un rôle dans ce film.
Dans Paris MatchPhilippe Labro rapportait la mort de Jacques Tati sous le titre « Adieu Monsieur Hulot. On le pleure mort, il aurait fallu l'aider vivant ! »
La complicité entre le cinéaste et les habitants du village de Sainte-Sévère-sur-Indre s'est nouée pendant la guerre. Le jeune juif Jacques Tatischeff, qui débute alors au cinéma, s'est réfugié dans la ferme d'un hameau voisin, en zone libre. Au fil de sa vie, il n'a de cesse de montrer sa gratitude aux habitants pour l'accueil reçu, revenant chaque année en famille, dans ce décor champêtre qui a largement contribué au succès de Jour de Fête
En 2001, sa fille Sophie Tatischeff, Jérôme Deschamps, petit-cousin de Micheline Winter, et donc petit cousin par alliance de Tati,,, et Macha Makeïeff créent la société les films de Mon Oncle pour racheter les droits du catalogue Tati et ressortir des copies restaurées des films du réalisateur.
En 2009, la Maison Tati est inaugurée dans un entrepôt de Sainte-Sévère-sur-Indre et un Festival du court métrage d'humour s'efforce de promouvoir les jeunes auteurs.
En 2010 le réalisateur français Sylvain Chomet sort L'Illusionniste, film d'animation basé sur un scénario que Jacques Tati avait écrit entre 1955 et 1959 en collaboration avec Henri Marquet.
Malgré l'apparente absence de dialogue dans ses films, Jacques Tati porte un soin méticuleux aux bandes-son. Il existe ainsi des versions anglaises de plusieurs de ses films, dont Les Vacances de monsieur Hulot, et Mon oncle, dont la version anglaise My Uncle est sortie en France en 2005.
Tati incarne le renouveau du burlesque français. Le personnage de Monsieur Hulot avec sa silouhette élancée et sa pipe fait corps avec Tati qui cite lui-même Charlie Chaplin ou Buster Keaton à titre de comparaison. Cependant Tati renonce au privilège de « comique professionnel » ou d'expert du mime, pour mettre en avant la foule de figurants de ses films. Il n'hésite pas à faire appel à des amis du Music-Hall, les techniciens acceptent de jouer les figurants au milieu des gens du village, eux même ayant accepté de rester endimanché tous les jours pour les besoins du scénario de ''Jour de fête''. Sans hiérarchie ni préjugés, les films de Tati reconnaissent à tous les personnages qui apparaissent à l’écran le droit de faire rire.
On a souvent parlé de l’inadaptation du personnage incarné par Tati à la société dans laquelle il vit. Cette inadaptation correspond moins à une volonté de se distinguer qu'au désir d'amener le spectateur à réfléchir sur mille aspects du quotidien. Jean-Louis Scheffer précise : « Le gag de Tati n’est jamais venu de l’idée de savoir comment faire du cinéma drôle, mais comment vivre ensemble. » Dans l’univers aseptisé de ''Mon Oncle'' (1958) où rien n’est laissé au hasard et où l’humain n’a pas sa place, Monsieur Hulot c’est l’incident, l’intrusion qui provoque la vie, la gaffe essentielle, l’acte manqué fertile, l’inutile indispensable, la poésie. Plutôt qu'en rétrograde, Tati parodie la société contemporaine en sociologue souriant.
Tati traite les voix au plus proche de la perception quotidienne, c’est-à-dire entourées, parasitées, ou recouvertes. Le facteur François ou Monsieur Hulot sont presque muets en parole mais excessivement bavards en gestes. Dans les ''Vacances de M. Hulot'' (1952), il suffit qu’un haut parleur crache les indications inarticulées pour que la foule se précipite sur le quai. Dans ''Mon Oncle'', inutile de comprendre ce que vocifère le patron dans l’interphone, il suffit qu’il vocifère pour être un patron. Tous ces bruits participent et contribuent à forger l’imaginaire social de l’époque. Entièrement réalisée en post synchronisation, la bande son parvient par la précision de chaque élément, à donner l’impression de magma dans lequel les personnages s'agitent et se débattent .
Pour Michel Chion, Tati est « de ces gens qui ne cessent jamais de s’étonner et de rire du caractère arbitraire et sans discussion de la liaison entre les choses à voir et les choses à entendre. »''Mon Oncle'' propose une véritable réflexion par le son, sur l’utilité et la destination des choses. François Truffaut s'exaspère cependant : « Son parti pris esthétique, sa logique démentielle, le conduisent à une vision du monde déformée, quasiment obsessionnelle. Plus il chercher la vie , plus il s’en éloigne, car la vie n’est pas logique (dans la vie, on s’habitue au bruit jusqu’à ne plus l’entendre) et finalement, il crée un univers délirant, cauchemardesque et concentrationnaire, qui paralyse le rire plus facilement qu’il ne l’engendre. »

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