Chris Marker

Acteur et réalisateur né le 29 juillet 1921 (décédé à 91 ans)

Biographie

Chris Marker, né Christian-François Bouche-Villeneuve, le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mort le 29 juillet 2012 est un réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe, éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur français.
Pour le grand public, son œuvre renvoie à ses films majeurs : La Jetée, Sans Soleil, Le Joli Mai, ou encore Le Fond de l'air est rouge, pour l’essentiel des documentaires définis dès le départ par André Bazin comme des essais cinématographiques.
Cependant, son œuvre d'ensemble ne se limite pas aux œuvres signées Chris Marker : le réalisateur français a tout au long de sa carrière activement collaboré avec d’autres réalisateurs, écrivains, acteurs, artistes ou simples ouvriers : de Costa-Gavras à Yves Montand, d’Alain Resnais à Yannick Bellon ou Alexandre Medvedkine, de Jorge Semprun à Benigno Cacérès, d’Thoma Vuille à Mario Ruspoli, de Joris Ivens à Haroun Tazieff, de William Klein à Mario Marret, d’Akira Kurosawa à Patricio Guzman. Il soutient également les jeunes, tout particulièrement le collectif Kourtrajmé, dont Isild Le Besco, en qui il voit le renouveau du cinéma français ou la nouvelle Nouvelle Vague.
Chris Marker s’est attaché en 60 années de travail à observer avec une curiosité, un discernement méticuleux, une ironie caustique et souvent amusée, voire avec colère, les vicissitudes de l’histoire mondiale tout autant qu’individuelle. Au centre de sa réflexion figurent la mémoire, le souvenir, la nostalgie du temps passé réinventé mais à jamais disparu.
« Chris Marker, c'est un peu le plus célèbre des cinéastes inconnus. »
— Dubois 2006, p. 6[note 1].
« Chris Marker me paraît un personnage fascinant, à ma connaissance unique au monde. Je ne connais personne qui puisse avoir à la fois ce sens des problèmes politiques contemporains, ce goût du beau, cette espèce de joie devant la culture et devant l'art, cet humour ; et qui arrive, lorsqu'il fait un film à ne se séparer d'aucune de ces tendances »
— Alain Resnais
Christian-François Bouche-Villeneuve naît le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Enfant, il habite pendant deux ans à Cuba. Dans les années 1930, il étudie au Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine où enseigne un jeune agrégé en philosophie appelé Jean-Paul Sartre et s'occupe, en tant qu'éditeur, du journal des étudiants du lycée Le trait d'union. Il devient licencié en philosophie lorsque la guerre éclate et rejoint alors la Résistance.
Les premières années de la vie de Christian-François Bouche-Villeneuve[note 2], alias Chris Marker, sont obscures et Marker lui-même a contribué à la confusion en transmettant délibérément des informations erronées aux journalistes (par exemple, certaines sources affirment qu'il est né à Oulan-Bator,, la capitale de la Mongolie, alors que d'autres suggèrent qu'il a peut-être aussi fait partie de l'armée américaine et combattu comme pilote d'avion et parachutiste[note 3].
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Marker écrit pour la revue Esprit qui réapparaît et est entièrement refondue après avoir été interdite sous le régime de Vichy, en 1941. Dirigée par le philosophe Emmanuel Mounier, héritier de l'existentialisme et prônant un catholicisme de gauche, elle prend une orientation « philocommuniste » avec la ferme intention de participer aux débats et controverses de l'après-guerre. Marker y fait ses premières armes et y publie de nombreux articles entre 1946 et 1955 : des commentaires sur l'actualité politique, des poèmes, des recensions littéraires et cinématographiques.
Il travaille aussi pour les organisations Peuple et culture et Travail et culture. Ces organisations sont créées au lendemain de la Libération avec l'ambition "de rendre la culture au peuple et le peuple à la culture", et sont proches de l'équipe d'Esprit mais aussi du Parti Communiste Français (PCF). L'un des principaux animateurs de ce projet n'était autre qu'André Bazin qui co-fonde en 1951 les Cahiers du cinéma. C'est également dans les bureaux de Travail et Culture, rue des Beaux-Arts à Paris, que Marker rencontre Alain Resnais à la fin des années 1940 avec lequel il se lie d'amitié et collabore par la suite[note 4].
Durant cette période, Marker publie un roman Le Cœur net (1949), plusieurs poèmes et un essai sur Jean Giraudoux intitulé Giraudoux par lui-même (1952), paru dans la collection « Écrivains de toujours » aux éditions du Seuil. Trilingue, il traduit également des ouvrages allemands et anglais en français. Il dirige par ailleurs, avec Joseph Rovan, les premiers numéros de la revue de Peuple et Culture, DOC (et sa version allemande DOK), et édite aussi plusieurs documents pédagogiques pour l'association en collaboration avec les éditions du Seuil.
À la suite d'une violente critique de Mme Thomas, représentante du secrétariat du PCF chargé du « contrôle » des publications de Peuple et Culture, qui reprochait d'avoir publié un extrait de L'Espoir d'André Malraux qu'elle considérait comme un « auteur fasciste », Marker quitte la direction de la revue DOC. Il continue son activité comme animateur à Peuple et Culture et est engagé au Seuil pour diriger la collection « Petite Planète »,.
La citation, tout comme pour Jean-Luc Godard, est un élément important et récurrent dans l'œuvre de Marker. Il affirme cet intérêt, dès 1949, dans l'introduction de L'Homme et sa liberté, à savoir que « l'on s'exprime beaucoup mieux par les textes des autres, vis-à-vis de qui on a toute la liberté de choix, que par les siens propres, qui vous fuient comme s'ils le faisaient exprès au profit des parts de Dieu ou du diable. »
Au début des années 1950, Marker commence sa carrière cinématographique, parcourant le monde pour l'UNESCO, afin de « mettre le cinéma au service de l'éducation de base ». En 1952, il réalise, avec Joffre Dumazedier et Benigno Cacérès, les fondateurs de Peuple et Culture, Olympia 52 (en), un documentaire commissionné par Peuple et Culture, sur les Jeux Olympiques d'Helsinki, qui fait partie du projet d'éducation populaire de l'organisation, alors que, dans le même temps, il poursuit son travail avec Alain Resnais sur le court métrage documentaire Les Statues meurent aussi, très influencé par le thème malrucien du « Musée imaginaire », ouvrage paru en 1947.
L'idée d'un film sur « l'art nègre » était déjà en gestation dans les esprits de Resnais et Marker, et ce depuis fin 1948 - début 1949, alors que Resnais connaissait le plein succès avec son films sur Van Gogh (1947), pour lequel il venait d'obtenir un Oscar. Les Statues meurent aussi est commandé en 1950 par l'organisation Présence Africaine, pour être achevé en 1952, après de multiples difficultés aux limites de l'insurmontable (dont le simple fait que Resnais, Cloquet et Marker n'y connaissaient absolument rien en art africain). Pire encore, avant même de sortir en salle, le film est frappé immédiatement et pour longtemps par la censure.
Ces deux premiers films suggèrent déjà l'esprit de voyage qui caractérise son travail pendant toute la période qui suit. Comme le dit Catherine Lupton dans sa monographie sur Marker, « le désir de voir et de montrer le monde avec des perspectives inouïes va devenir le trait définitoire des activités de Chris Marker pendant les années 1950 et le début des années 1960, et il va ainsi établir sa réputation de globe trotter invétéré avec une série de travaux basés sur les voyages dans les pays et les régions en transition. » En effet, les films Dimanche à Pékin (1956), Lettre de Sibérie (1958), Description d'un combat (1960) et Cuba si (1961) sont le fruit de voyages en Chine, en Sibérie, en Israël et à Cuba.
Dans Lettres de Sibérie, Chris Marker joue à remettre en cause la supposée « objectivité » du genre documentaire en répétant trois fois la même séquence en variant uniquement le commentaire. André Bazin voit dans Lettre de Sibérie la naissance ou la consolidation d'un genre qui sera dès lors inséparable de Chris Marker, pour ne pas dire synonyme: le « film-essai »,,[note 5].
Cuba si (1961) contient deux entretiens avec Fidel Castro filmés juste avant le débarquement de la baie des Cochons. Comme le ton est anti-américain, le gouvernement français censure le film jusqu'en 1963.
Lorsqu'il ne tourne pas, Marker photographie. Un voyage en Corée du Nord est à l'origine du recueil de photographies Coréennes (1959) qu'il décrit comme un court métrage fait avec des images fixes, anticipant ainsi La Jetée (1962), de même qu'il l'avait fait avec son portfolio Clair de Chine. Il y a un fort intérêt politique derrière ces voyages, dont quatre ont été faits au sein de pays socialistes, avec la politique desquels Marker, bien que critique, n'est pas moins sympathisant. En effet, le communisme à ce moment là est encore perçu en France comme une voie possible et salutaire[note 6]. La découverte des purges staliniennes en Europe de l'Est (1948-1953) à la fin des années 1960 change la donne et provoque une violente polémique et grand nombre de départs du PCF parmi les adhérents et tout particulièrement les intellectuels.
Tout en réalisant ses films, Marker devient en parallèle le directeur de la collection « Petite Planète » aux éditions du Seuil, qui offre une alternative aux guides de voyage plus classiques, et dont il est le responsable entre 1954 et 1958. Il y développe alors une forme nouvelle d'alliance entre le texte et l'image : la photographie n'est plus reléguée au seul statut d'illustration du texte, mais devient un complément symbiotique et indispensable du texte.
Entre le voyage à Cuba en 1961 et le voyage au Japon en 1964, Marker retourne en France pour réaliser deux films fondamentaux dans sa carrière : Le Joli mai et La Jetée, tous les deux sortis en 1962.
Le Joli mai est un long documentaire réalisé à partir de 55 heures d'entretiens avec des Parisiens avec un commentaire en voix-off lu par Yves Montand[note 7],. Le film s'inspire du cinéma-vérité promu par Jean Rouch et Edgar Morin, en particulier avec Chronique d'un été (1960). Chris Marker cherche à faire une radiographie spirituelle et idéologique des Parisiens. Marker et son équipe leur posent des questions variées (leurs espoirs, leurs opinions, leur quotidien, leur point de vue sur le bonheur, l'amour, la guerre d'Algérie, la paix, le futur, etc.), et bien que le commentaire soit moins présent que dans ses travaux antérieurs, il est encore très important comme conscience critique.
À l'opposé, La Jetée, probablement le film le plus célèbre de Chris Marker, est un point d'inflexion dans son œuvre. Dans ce film construit comme un photo-roman fait d'images fixes, Marker abandonne le mode documentaire et utilise les ressources de la science-fiction pour construire une fable sur le temps, la mémoire et la subjectivité, ainsi que sur leurs relations avec l'image. Il s'agit d'une problématique qui va hanter dès à présent toute son œuvre, tout particulièrement après les années « militantes ». Dans son anthologie du cinéma français, le critique Jean-Michel Frodon voit dans le film l'un des chefs-d'œuvre du cinéma mondial.
Dans le même temps, Marker collabore sur un très grand nombre de projets cinématographiques, de manière très variée allant de l'écriture du commentaire à la production, en passant par l'adaptation des sous-titres ou le montage. On le retrouve sur les films de cinéastes tels que François Reichenbach, Catherine Varlin, Pierre Kast, Joris Ivens ou encore Jean Ravel, le monteur du Joli Mai.
Même si Marker reste toute sa vie un voyageur, on peut cependant dire que cette première phase d'errance commencée avec Dimanche à Pékin est clôturée dans les années 1960 avec les films Le Mystère Koumiko (1965) et Si j'avais quatre dromadaires (1966).
L'origine du Mystère Koumiko est un voyage au Japon en 1964, lors des Jeux Olympiques de Tokyo. L'intention originelle de Marker était de réaliser un film sur ces Jeux, comme il avait fait en 1952 à Helsinki, mais il décide finalement de faire un film sur une jeune femme, Koumiko Muraoka, qu'il rencontre par hasard à Tokyo et qui parle français[note 8]. Ce film est aussi l'occasion pour Marker d'explorer pour la première fois sa fascination pour le Japon, pays dans lequel il va retourner plusieurs fois par la suite.
Pour sa part, Si j'avais quatre dromadaires renverse la logique de Coréennes, car il s'agit cette fois d'un album de photographies en forme de film, au lieu d'un film sous forme de photographies accolées[note 9]. Dans Si j'avais quatre dromadaires, Marker rassemble plusieurs photos qu'il a accumulées durant ses voyages depuis 1950. Le film est alors une sorte de bilan de ses premières années de voyage qui précèdent les années de militantisme.
Les documentaires de voyage des années 1950 reflètent une sympathie profonde envers les tentatives d'implanter des régimes politiques socialistes dans différentes parties du monde, de Cuba à la Corée du Nord, du Chili au Viêt Nam. La montée de la contestation politique à la fin des années 1960 constitue pour Marker l'occasion d'approfondir son engagement politique et de réfléchir à la place du cinéma dans le système de production et de distribution capitaliste, ainsi que sur son rôle idéologique. Comme Jean-Luc Godard, Marker cherche à « créer deux ou trois Vietnam au sein de l'empire Hollywood-Cinecittà-Mosfilms-Pinewood. »
Le premier de ces efforts est la création en Belgique[note 10], en 1967, du collectif « Société pour le Lancement des Œuvres Nouvelles » (SLON[note 11],[note 12]), qui devient en 1974 ISKRA (Images, Son, Kinescope, Réalisation Audiovisuelle, mais aussi "étincelle" en russe tout autant que le titre du journal dirigé par Lénine entre 1901 et 1903). Comme l'explique très clairement un texte du collectif de 1971, « SLON est née d'une évidence: que les structures traditionnelles du cinéma, par le rôle prédominant qu'elles attribuent à l'argent, constituent en elles-mêmes une censure plus lourde que toutes les censures. D'où SLON, qui n'est pas une entreprise, mais un outil - qui se définit par ceux qui y participent concrètement - et qui se justifie par le catalogue de ses films, des films QUI NE DEVRAIENT PAS EXISTER! »
Pour cette entreprise, Marker perd son statut privilégié d'auteur-réalisateur pour devenir producteur et animateur du collectif. Pendant cette période, plusieurs de ses propres films ne sont pas signés. Le premier projet de SLON est Loin du Vietnam (1967), un film collectif rassemblant les réalisateurs Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Alain Resnais, Claude Lelouch, Joris Ivens et William Klein, et dont la coordination générale et le montage sont entièrement assumés par Chris Marker.
En février-mars 1967 commence une grève dans les usines Rhodiacéta de Besançon. Les ouvriers en grève ne veulent pas seulement des augmentations de salaire. Ils veulent aussi changer le système et ils transforment leur usine occupée en lieu de culture avec une bibliothèque et des conférences. Chris Marker tourne À bientôt j'espère et donne aux ouvriers les moyens de s'exprimer par le cinéma pour faire entendre leur voix hors de leur usine et de leur région. Les ouvriers forment alors des groupes Medvedkine, à Besançon et à Sochaux, en hommage au cinéaste soviétique Alexandre Medvedkine et réalisent par eux-mêmes des films sur leur mouvement.
SLON s'intéresse aussi à la manipulation de l'information par le pouvoir à travers l'État et les média officiels. Pour offrir un contre-poids à ces appareils idéologiques, SLON crée une série de documentaires courts de « contre-information », avec le titre générale de On vous parle de... Dans cette série, Marker et ses camarades de SLON présentent l'actualité politique au Brésil, au Chili, à Cuba ou en Tchécoslovaquie, mais du point de vue des mouvements de contestation, qui n'était pas, et de loin, celui favorisé par les médias[note 13].
Le point culminant des années militantes de Marker, c'est la grande fresque politique Le Fond de l'air est rouge (1978), d'après une idée de la monteuse Valérie Mayoux, à savoir un documentaire de quatre heures (réduites depuis par l'auteur à trois heures) sur la montée et le déclin des mouvements de gauche dans le monde. Le film est conçu au départ comme un collage de fragments de matériel filmique de SLON organisé en deux parties. La première, « Les mains fragiles », présente les espoirs politiques de la gauche à la fin des années 1960, à travers (entre autres) les révoltes des étudiants et les résonances de la révolution cubaine en Amérique Latine, tandis que la deuxième partie, « Les mains coupées », décrit le backslash conservateur de droite venu juste après : l'invasion soviétique de Prague (1968), le coup d'État de Pinochet (1973), la restauration gaulliste en France... La décennie finit pour Marker dans une atmosphère politique très pessimiste. C'est le moment pour Marker d'abandonner le cinéma militant tel qu'il l'avait conçu et de se lancer dans de nouvelles voies.
Sans soleil (1982) est tourné avec une caméra Beaulieu au format 16 mm et muette. Sandor Krasna, crédité au générique du film comme caméraman est en réalité un personnage inventé par Chris Marker lui-même. Beaucoup regardent ce film comme le chef-d'œuvre de Marker. Dans ce film, Marker revisite son obsession de la mémoire, déjà présente dans La Jetée, et il retrouve le goût du voyage des années 1950-1960. Les noyaux géographiques du film, que Marker définit comme « les deux pôles extrêmes de la survie », sont le Japon et les anciennes colonies portugaises du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau. Le cinéaste militant laisse place à un observateur curieux, politiquement averti, mais certainement déçu par la débâcle de la gauche globale et le destin tragique des mouvements de libération, en particulier en Afrique noire. Sans soleil mène à sa perfection[non neutre] le genre du film-essai à la Marker et le transforme en une forme réflexive guidée par ce que l'on pourrait appeler le « sujet-Marker ». Un sujet tout à la fois individuel et collectif, mais aussi cinématographique et qui organise des images et des sons fragmentaires en une unité organique par l'entremise du montage.
Dans l'œuvre de Marker, l'enchevêtrement entre la mémoire individuelle et l'Histoire passe au premier plan à partir des années 1980 et anime la série de portraits filmés réalisés à partir de 1985. Bien sûr, Marker a fait des films-portraits auparavant, comme celui de son ami Yves Montand dans La Solitude du chanteur de fond (1974), mais les films des années 1980-1990 sont pour la plupart des hommages posthumes ou tardifs à des ami(e)s ou des artistes qu'il admire profondément. Ils se veulent, dès lors, déchiffrage du passé plutôt que description d'un présent. La liste des noms est parlante : Akira Kurosawa (A.K., 1985), Simone Signoret (Mémoires pour Simone, 1986), Alexandre Medvedkine (Le Tombeau d'Alexandre, 1993), Andreï Tarkovsky (Une journée d'Andreï Arsenevitch, 1999) et Denise Bellon (Le Souvenir d'un avenir, 2002, réalisé avec sa fille, la réalisatrice Yannick Bellon, sœur de Loleh Bellon, femme de Jorge Semprún). Dans tous les cas, Marker inscrit ces mémoires (les siennes et celles des autres) dans le cadre d'une histoire qui les intègre et les dépasse. Le documentaire sur Medvevkine est notamment l'occasion pour Marker de faire une fresque impressionnante sur l'Union soviétique défunte.
Dans A.K. (1985), il filme Akira Kurosawa sur le tournage de Ran sur les pentes du mont Fuji.
Les nouvelles technologies, telle que la vidéo ou l'informatique, lui permettent de nouvelles formes d'expression et de prendre de nouveaux chemins. Ainsi, à côté de cette réflexion sur la mémoire et l'Histoire, il fait aussi de la télévision avec la mini-série de treize épisodes commanditée par la Fondation Onassis et coproduite par La Sept, L'Héritage de la chouette (1989), sur l'héritage de la Grèce antique dans la Grèce moderne.
À partir de 1980, Marker travaille dans d'autres domaines artistiques. Déjà en 1978, il avait fait une installation vidéo intitulée Quand le siècle a pris forme. Dans les années 1980, il développe une nouvelle installation multimédia Zapping Zone ou Propositions pour une télévision imaginaire, suivie en 1995 par Silent Movie. Mais au-delà de ces expériences, il y une fascination croissante pour les possibilités surprenantes qu'offrent les ordinateurs et plus récemment internet. Un des films les plus importants de cette période, Level Five (1996), prend comme point de départ la dernière bataille de la Seconde Guerre mondiale entre Américains et Japonais dans l'île d'Okinawa, durant laquelle un tiers de la population se suicide ou est massacré. Marker utilise l'ordinateur (et en particulier les jeux d'ordinateur) comme une partie essentielle de son mode de fonctionnement. Pour Raymond Bellour, Level 5 est "un nouveau type de film, le premier film au cinéma qui examine les liens entre la mémoire culturelle et la production de sons et images par ordinateur",[note 14].
Mais c'est dans le CD-Rom Immemory (1998) que la logique de l'ordinateur fournit une vraie alternative à la logique filmique[note 15]. Dans ce CD-Rom, Marker propose « la géographie de sa propre mémoire ». Immemory offre, dans son ouverture, sept « zones » différentes : le cinéma, le voyage, la photo, la guerre, la poésie, la mémoire et le musée, ainsi qu'une zone additionnelle pour les « X-plugs ». L'exploration de ces zones avec la souris de l'ordinateur nous emmène dans un labyrinthe aux bifurcations et croisements inattendus, où l'on voit défiler des photographies, des textes, des vidéos, des cartes postales... Marker trouve dans l'ordinateur des possibilités pour le développement de ses problématiques esthétiques. Premièrement le CD-Rom permet d'incorporer toutes les images et documents que Marker a essayé à maintes reprises de mettre ensemble dans une même œuvre. Deuxièmement, il rend possible l'implémentation d'une logique non-linéaire dans le développement du matériel visuel et textuel.
Il réalise ensuite pour l'émission de télévision Cinéma de notre temps un portrait d'Andreï Tarkovsky intitulé Une journée d'Andreï Arsenevitch (1999).
Dans ses films, Marker cherche à dépasser la linéarité temporelle (le boucle du temps dans La Jetée ou l'anticipation du futur dans Le Souvenir d'un avenir, par exemple). L'ordinateur le libère du temps comme ligne directrice irréversible. L'espace du CD-Rom est multi-dimensionel, car il y autant de dimensions que de points d'entrée sur l'écran introductif, et ces dimensions peuvent se croiser et s'enchevêtrer à volonté. Le résultat est un temps réversible et courbe, plein d'inflexions et de retours, qui permet de cartographier de façon plus précise l'architecture complexe de la mémoire.
Marker continue à explorer les nouvelles ressources médiatiques. Avec Max Moswitzer, il crée le monde de L'Ouvroir sur Second Life, comprenant entre autres un musée virtuel et une salle de projection, à l'occasion de l'exposition au Museum für Gestaltung (en) de Zürich, et de la même manière, la première de son court métrage Leila Attacks (2006) s'est tenue sur YouTube (où on peut trouver sept vidéos sous le pseudonyme de Kosinki).
Le globe trotter militant continue à être présent dans des films comme Berliner Ballade (1990) ou Un maire au Kosovo (2000); le contre-informateur de la série On vous parle de... continue de proposer son regard critique sur les médias dans Détour Ceausescu (1990, segment de Zapping Zone), Le 20 heures dans les camps (1993, idem.) ou Casque bleu (1995) ; le photographe de Coréennes est toujours présent dans les expositions Staring Back (2007) ou Passengers (2011), série de photographies des passagers du métro parisien, pris à leur insu, exposée pour la première fois à la Peter Blum Gallery (en) de New York, puis aux Rencontres d'Arles 2011 et au Centre de la photographie de Genève, dans le cadre du projet Spirales. Fragments d'une mémoire collective. Autour de Chris Marker.
Il décède le dimanche 29 juillet 2012, jour de son 91e anniversaire, à son domicile personnel dans le 20e arrondissement de Paris,. Sa dépouille est incinérée au crématorium du Père-Lachaise le 2 août.
L'hommage de la presse est unanime. Le quotidien Libération lui consacre la une du 31 juillet 2012 sous le titre « Chris Marker s'efface ». Dans le Guardian, Ronald Bergan salue en lui l'un des cinéastes les plus innovants et l'inventeur du film essai.
Après sa mort, le street-artist Thoma Vuille rend hommage à Chris Marker en inscrivant sur les murs de Paris « RIP Chris Marker, 1921-2012 ». Sa démarche est ensuite reprise par des anonymes.
Cette installation vidéo évolutive comprend plusieurs zones (non citées ici Zone séquence, Zone Tarkovski, Zone spectre, Zone photo, Zone Azulmoon). Celles comportant un film de Chris Marker, réalisé précédemment ou pour ce projet, sont les suivantes:
Cette bibliographie des œuvres écrites de Christian-François Bouche-Villeneuve, sous les pseudonymes[note 16] aussi divers que Marc Dornier, Fritz Markassin, Chris. Marker, Chris Mayor, T. T. Toukanov, Boris Villeneuve, etc., est établie à partir de la version revue, augmentée et corrigée par Christophe Chazalon, de la version de Birgit Kämper et Thomas Tode, reprise respectivement par Théorème 6 (partiellement et avec des erreurs), Catherine Lupton, Arnaud Lambert, etc.

7
abonnés

Tokyo-Ga

de Wim Wenders

Film Tokyo-Ga

A. K.

de Chris Marker

Film A. K.

Le Joli Mai

de Chris Marker

3
Film Le Joli Mai

Chats perchés

de Chris Marker

Film Chats perchés

Level Five

de Chris Marker

Film Level Five

The Last Bolshevik

de Chris Marker

Film The Last Bolshevik

A. K.

de Chris Marker

Film A. K.

Sans soleil

de Chris Marker

1
Film Sans soleil

Le fond de l'air est rouge

de Chris Marker

Film Le fond de l'air est rouge

Loin du Vietnam

de Jean-Luc Godard

Film Loin du Vietnam

La Jetée

de Chris Marker

4.2
Film La Jetée

Description of a Struggle

de Chris Marker

Film Description of a Struggle

Lettre de Sibérie

de Chris Marker

Film Lettre de Sibérie

Mémoires pour simone

de Chris Marker

Film Mémoires pour simone

La Solitude du chanteur de fond

de Chris Marker

1
Film La Solitude du chanteur de fond

Olympia 52

de Chris Marker

Film Olympia 52