Amos Gitai

Acteur et réalisateur de 69 ans (11 octobre 1950)

Biographie

Amos Gitai est le cinéaste israélien le plus célèbre au monde, avec des rétrospectives majeures de son travail notamment au Centre Pompidou Paris, au Museum of Modern Art (MoMA) New-York, au Lincoln Center New-York, au British Film Institute Londres. Son œuvre comprend à ce jour plus de 40 films, fictions et documentaires. Entre 1999 and 2011, sept de ses films ont été présentés en compétition officielle au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise. Gitai a travaillé avec notamment Juliette Binoche, Jeanne Moreau, Natalie Portman, Yael Abecassis, Samuel Fuller, Hanna Schygulla, Annoe Lennox ou encore Barbara Hendricks, Lea Seydoux, Valeria Bruni Tedeschi, Simon et Markus Stockhausen, Henri Alekan, Renato Berta, Nurith Aviv, Eric Gautier, entre autres.
Né d'un père architecte du Bauhaus, il commence des études d'architecture. Lorsque la guerre du Kippour éclate, il doit interrompre ses études pour participer au conflit au sein d'une unité de secours par hélicoptère. Au cours de ses missions, il utilise une caméra Super-8. À l'issue de la guerre, il s'engage dans une carrière de cinéaste et commence à réaliser des documentaires..
À ce jour, début 2010, l’œuvre du cinéaste Amos Gitai compte plus de 80 titres, réalisés en 38 ans. Davantage encore que la fécondité et la longévité, c’est la diversité des films qui frappe en considérant l’ensemble de son travail – travail dans lequel il faudrait encore inclure installations vidéo, mises en scène de théâtre et livres. Diversité extrême : ces films sont de formats et de natures très variés (longs et courts métrages, fictions et documentaires, travaux expérimentaux, réalisations pour la télévision, tournés dans son pays, Israël, ou partout dans le monde…). Mais diversité à laquelle fait contrepoids une extrême cohérence. Au fil des années, des voyages, des combats, des exils, des rencontres, Amos Gitai n’aura cessé de changer. Il aura changé en traçant sans cesse des lignes de force reliant ses réalisations, en articulant et en réarticulant entre elles des œuvres qui, dans leur miroitement, ne cessent de se répondre, de se faire écho, de réexplorer différemment les territoires et les questionnements traversés, physiquement et imaginairement.
Le seul possible principe de cohérence au sein d’une telle production : Amos Gitai lui-même. Auteur à part entière, c’est par la multiplicité des traductions qu’il est capable de donner de son itinéraire personnel qu’il peut être aussi créatif, sans se perdre ni se disperser. On ne prétendra pas ici répondre à la question, trop vaste et sans doute insoluble, qui est Amos Gitai ? On se contentera de donner quelques traits significatifs de sa personnalité, au regard de l’ensemble de son œuvre.
Il est né en Israël, fils d’un architecte du Bauhaus, Munio Weinraub, ayant fui le nazisme en 1933, et d’une intellectuelle et enseignante, Efratia Gitai, spécialiste non religieuse des textes bibliques, née en ISRAEL au début du XXe siècle. Héritage du sionisme des origines et de l’intelligentsia Mitteleuropa, toile de fond marquée par les idées socialistes des pionniers de l’État juif et par la quête savante et esthétique. Il est né en 1950, soit la première génération des enfants d’après la fondation de l’État d’Israël, une génération qui sera aussi formée par les grands mouvements de la jeunesse contestataire des années soixante et, en tant qu’Israélien, en étant confronté à deux guerres, celle des Six Jours (juin 1967) et celle de Kippour (octobre 1973) et à la montée en puissance de la résistance palestinienne à l’occupation israélienne. Étudiant sur ce haut lieu de la contre-culture que fut le campus de Berkeley en Californie à la fin des années soixante-dix, adolescent engagé et critique contre la politique de son pays, jeune soldat envoyé sur le théâtre des opérations dans le Golan en 1973, Amos Gitai aura vécu personnellement ces expériences décisives. Auxquelles il faut ajouter sa formation et sa vocation première d’architecte, formation et vocation dont les traces ne cesseront de se retrouver dans ses films.
C’est d’ailleurs par un film consacré à la reconstruction d’une maison que débute l’œuvre de cinéaste professionnel d’Amos Gitai : House (1980) est un documentaire qui parvient, sur le lieu unique d’un chantier dans une petite rue de Jérusalem, à mettre à jour avec vigueur et sensibilité un très grand nombre de ce qui fait vivre, rêver et souffrir Israéliens et Palestiniens. Il est aussi significatif que ce film sera aussitôt interdit en Israël, marquant durablement la relation conflictuelle du cinéaste avec les autorités de son pays, relation bientôt envenimée par la controverse suscitée par son film Journal de campagne réalisé avant et pendant l’invasion du Liban en 1982, et se traduisant par un long exil en France (1983-1993). House est encore exemplaire en ce que le film est le point de départ d’un schéma qui lui deviendra habituel, celui de la conception d’ensemble de réalisations en trilogies poursuivant et reformulant les mêmes recherches et interrogations. House (1980), Une maison à Jérusalem (1998) et News from Home, News from House (2006) constitueront les trois volets de cette trilogie documentaire, genre dont relèvent aussi les trois Wadi (1981, 1991, 2001), la trilogie sur les pratiques politico-militaires israéliennes (Journal de campagne, 1982 ; Donnons une chance à la paix, 1994 ; L’Arène du meurtre, 1996), celle sur les procédures du capitalisme mondial (Ananas, 1983 ; Bangkok-Bahrein/Travail à vendre, 1984 ; Orange, 1998) ou celle sur les résurgences de l’extrême-droite européenne (Dans la vallée de la Wupper, 1993 ; Au nom du Duce/Naples-Rome, 1994 ; Queen Mary ‘87, 1995). Mais aussi les trilogies de fiction, trilogie de l’exil (Esther, 1985 ; Berlin Jérusalem, 1989 ; Golem, l’esprit de l’exil, 1991), trilogie des villes (Devarim, 1995 ; Yom Yom, 1998 ; Kadosh, 1999), trilogie des événements historiques décisifs pour Israël (Kippour, 2000 ; Eden, 2001 ; Kedma, 2002), trilogie des frontières (Terre promise, 2004 ; Free Zone, 2005 ; Désengagement, 2007)… Cette énumération n’est pas exhaustive : l’œuvre de Gitai s’appuie aussi sur des réalisations plus brèves, esquisses et carnets de notes filmés, ou sur des digressions ou approfondissements. Elle peut aussi procéder par reconfigurations : avant de devenir le troisième volet de la trilogie de l’exil, Golem, l’esprit de l’exil a d’abord été une composante de la trilogie du Golem, avec Naissance d’un Golem : carnet de notes (1990) et Le Jardin pétrifié (1993). Mais de manière générale, ce parcours traduit à la fois l’importance du sens de la construction, des structures dramatiques, thématiques et formelles, et la constance dans les interrogations – il arrive que dix ans séparent deux volets d’une trilogie.
Il faut y ajouter une recherche inlassable sur les moyens esthétiques, recherche qui s’ancre dans les usages expérimentaux de la caméra dès l’adolescence, passera par la stylisation affirmée des premières fictions sous l’influence revendiquée de Brecht et de l’expressionnisme, comme par la recherche de dispositifs de filmage adaptés à des projets particuliers. Une des figures de style les plus volontiers employées par Amos Gitai est le plan séquence, la durée longue de l’enregistrement servant à de multiples usages jamais limités à la séduction visuelle, mais toujours en recherche d’effets de sens. Artiste engagé, Gitai est, dans le même mouvement un grand styliste, inventeur de structures dramatiques inattendues, exemplairement le dédoublement asymétrique de Berlin Jérusalem, les blocs spatiaux d’Alila ou temporels de Plus tard, tu comprendras (2008), la fluidité déstabilisante de Terre promise, les surimpressions critiques de L’Arène du meurtre et de Free Zone, jusqu’au récit brusquement cassé en deux de Désengagement (2007).
House est sans conteste un tournant dans l’histoire de Gitai. C’est pour faire exister ce film malgré la censure et pour poursuivre dans cette voie qu’il venait de commencer, qu’il dit qu’à ce moment « j’ai décidé de devenir cinéaste » (in Exils et territoires, le cinéma d’Amos Gitai, entretiens avec Serge Toubiana). À ces éléments biographiques (les origines familiales, la génération à laquelle il appartient, les études d’architecture, la réalisation de House et ses effets), il faut encore en ajouter un autre : l’expérience vécue durant la guerre de Kippour, lorsque l’hélicoptère d’évacuation sanitaire dans lequel il se trouvait a été frappé par un missile syrien et qu’il a frôlé la mort le jour de ses 23 ans.
Ce traumatisme violent et ce sentiment de vie victorieuse inspireront plus ou moins explicitement toute son œuvre à venir. L’événement lui-même est au centre d’une série de courts métrages expérimentaux et de documentaires, avant de trouver la grande forme du film Kippour qui, en 2000, consacre définitivement la stature du cinéaste Amos Gitai après son accueil triomphal au Festival de Cannes.
Radicale et bouleversante, l’évocation de cette expérience intime et commune servie par un sens plastique impressionnant est exemplaire de l’art d’Amos Gitai. Le film marque aussi le début de la collaboration, ininterrompue depuis, du cinéaste avec la scénariste Marie-José Sanselme. Cinéaste israélien et citoyen du monde, Amos Gitai réside à Haïfa et à Paris mais vit et travaille dans le monde entier. Son œuvre, aujourd’hui celle d’un des cinéastes les plus respectés sur la scène internationale, ne cesse d’explorer de nouvelles voies narratives et stylistiques, toujours en relation avec la réalité contemporaine, même lorsque le récit fait détour par le passé historique ou mythologique.

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