Abdel Kechiche

Acteur et réalisateur de 58 ans (07 décembre 1960)

Biographie

Abdellatif Kechiche (عبد اللطيف كشيش), parfois appelé Abdel Kechiche, né le 7 décembre 1960 à Tunis (Tunisie), est un réalisateur, scénariste et un acteur franco-tunisien, notamment connu pour avoir écrit et réalisé L'Esquive en 2004, La Graine et le mulet en 2007 et Vénus noire en 2010. Il a été plusieurs fois récompensé aux César.
Né en Tunisie, Abdellatif Kechiche arrive avec ses parents à Nice à 6 ans. Passionné de théâtre, il suit les cours d'art dramatique du Conservatoire d'Antibes. Il interprète plusieurs spectacles sur la Côte d'Azur, notamment une pièce de Federico Garcia Lorca en 1978 et une pièce d'Eduardo Manet l'année suivante. Il se consacre également à la mise en scène et présente au Festival d'Avignon L'Architecte en 1981.
Au cinéma, il obtient le premier rôle du Thé à la menthe d'Abdelkrim Bahloul, où il joue un jeune immigré algérien condamné à vivre de petits larcins.
André Téchiné l'engage en 1987 dans Les Innocents où il incarne un gigolo face à Sandrine Bonnaire et Jean-Claude Brialy. Grâce à Bezness de Nouri Bouzid, il obtient le Prix d'interprétation masculine du Festival de Namur en 1992.
Abdellatif Kechiche décide ensuite de passer derrière la caméra. Il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de vendre sans succès. Mais le script de La Faute à Voltaire finit par séduire le producteur Jean-François Lepetit. Ce premier film se conçoit comme le portrait, simple et vibrant, d'un sans-papiers. Le jeune réalisateur y révèle sa capacité à observer la réalité quotidienne de déshérités ou de marginaux tout en développant un certain sens du romanesque et de la péripétie. On y décèle également son amour des acteurs et du jeu naturaliste grâce aux interprétations de Sami Bouajila et Élodie Bouchez. L'ensemble de ces qualités lui vaut le Lion d'or de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise en 2000.
En 2003, Kechiche écrit et réalise L'Esquive avec des acteurs débutants et un budget extrêmement réduit. Il y suit une bande de lycéens de la banlieue parisienne répétant une pièce de Marivaux pour la classe de français. Cette œuvre sincère, qui cherche à rendre compte du mouvement hésitant et assez peu intime de la séduction adolescente, brise les stéréotypes sur la jeunesse des cités. Malgré un succès confidentiel en salles, il est salué comme l'un des grands films français de l'année 2004 par la critique. À la surprise générale, il détrône à la 30e cérémonie des César les deux films favoris du public : Les Choristes de Christophe Barratier et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet en gagnant les 4 trophées de catégories reines : « Meilleur film », « Meilleur réalisateur », « Meilleur scénario » et « Meilleur espoir féminin » pour Sara Forestier, révélée grâce au rôle de Lydia.
Kechiche met ensuite en scène en 2006 La Graine et le mulet qui évoque le parcours d'un ouvrier d'origine maghrébine désirant se reconvertir dans le métier de restaurateur sur le port de Sète. Dans ce troisième opus, le cinéaste fait à nouveau la démonstration de son talent de peintre du quotidien et de conteur bienveillant. Il reçoit un accueil triomphal à Venise où il se voit décerner le Grand Prix du Jury. La comédienne Hafsia Herzi décroche de son côté le Prix de la meilleure jeune actrice. Après avoir obtenu le Prix Louis-Delluc 2007, le metteur en scène écarte à nouveau, de manière aussi inattendue que la première fois, trois des grands favoris aux César, en 2008 : La Môme d'Olivier Dahan, Un secret de Claude Miller et Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel. La Graine et le mulet gagne en effet les quatre mêmes statuettes que L'Esquive, trois ans auparavant.
Son film suivant, sélectionné à la Mostra de Venise 2010, s'intitule Vénus noire, en référence à la « Vénus Hottentote » (Saartjie Baartman). Il s'agit du premier film à costume et d'époque de son auteur.
Il adapte ensuite la bande-dessinée Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh avec Léa Seydoux dans le rôle principale. Le film devrait sorti en 2013.
Toutes les récompenses reçues par Abdellatif Kechiche en l'espace de trois films (La Faute à Voltaire, L'Esquive, La Graine et le mulet) l'imposent comme l'un des grands du renouveau de la production cinématographique hexagonale. Cataloguées dans le jeune "cinéma d'auteur", ses œuvres, à budget restreint, prennent généralement une base sociale (l'immigration, la clandestinité, la banlieue) mais sur laquelle elles posent un regard éloigné des lourdeurs du film à thèse traditionnel. Privilégiant, dans son scénario et sa réalisation, l'intrinsèque, à savoir les scènes de la vie quotidienne, banales, parfois insignifiantes, le cinéaste renseigne toujours sur la langue et les comportements codifiés du microcosme social pris en toile de fond. En parallèle, il laisse libre cours à son goût de la surprise, du suspense et du rocambolesque à l'instar de l'épisode de la semoule oubliée par l'un des fils du protagoniste le soir de l'ouverture du restaurant dans La Graine et le mulet. Ses films, portés par une intrigue dépouillée à l'extrême, sans emphase, cherchent à faire la démonstration du dynamisme, du pittoresque, parfois de la capacité d'innovation des gestes et de la parole de la communauté mise en scène. Ce portrait est nuancé toutefois par le schématisme et la répétition de cette communication identitaire, signifiant au plus près la notion d'enfermement (comme dans L'Esquive). L'exclusion et ses répercussions ordinaires sont rendues palpables à travers la peinture de plusieurs personnages vivant différemment l'injustice au quotidien. Le fait de coller ainsi à un groupe social, à sa géographie, son décor et à ses figures, entrelaçant des caractères et des sentiments contrastés, en fait oublier la préparation filmique (choix des angles de prise de vue, des éclairages, travail de montage) et même le principe de fiction, tirant presque la perception du spectateur vers une illusion de film documentaire. Cet effet a également pour but d'élaborer les nouvelles règles d'un cinéma voulu plus authentique, proche du Free cinema britannique. Le choix des acteurs, souvent amateurs ou peu connus du grand public, mêlé à une épure totale de la mise en image (numérique avec un cadre vacillant, généralement non accompagnée de musique), pourrait faire penser à de l'improvisation pour certaines séquences, mais tout est en réalité écrit et calculé au millimètre près. Le cinéma de Kechiche, humble et sans fard, se conçoit comme une série de fables humanistes, redonnant la parole aux petites gens qui en sont généralement privées. Certains le considèrent comme l'héritier des grands naturalistes français, dans le sillage d'un Jean Renoir, d'un Maurice Pialat ou d'un Jacques Doillon. D'autres comparent également son cinéma à celui de John Cassavetes, de Mike Leigh ou des frères Dardenne.
Invité à commenter le printemps arabe sur le site des Inrockuptibles le 12 février 2011, Abdellatif Kechiche appelle le peuple de France à se soulever à son tour contre ses tyrans : "Je souhaite de tout mon être une longue vie à cette révolte populaire, qu’elle continue à faire des petits à travers le monde arabe, bien sûr, mais pas seulement. Je rêve de la voir se propager à toutes les dictatures, mais aussi à toutes les démocraties corrompues, partout où sévissent l’injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes. Je rêve d’un soulèvement de nos banlieues."

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