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    Neruda

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    Neruda

    2.8
    8 avis
    1. Il y a 18 jours

      Dire que ce film m’a déçu est un euphémisme. Le poète est poursuivi par un personnage inventé de toute pièce, un homme médiocre et obstiné portant un nom ridicule, le commissaire Oscar Peluchonneau (Gael García Bernal).

      Dès les premières images, Neruda nous est présenté comme un être veule, adonné aux bordels et aux prostituées, organisant des fêtes décadentes, imbu de lui-même, déclamant ses poèmes sur un ton déclamatoire particulièrement insupportable. Le spectateur ne comprend pas tout de suite qu’on lui présente Neruda vu à travers le regard de Peluchonneau, archétype fantasmatique des détracteurs de Neruda, à la fois révulsés et attirés par cet être complexe, représentant à la fois l'écrivain adulé et le politicien abhorré.

      Cela donne un film brouillon, esthétiquement peu réussi : les images - volontairement ou non – sont dans des tons passés qui ne rendent pas grâce, même lors de la traversée de la cordillère des Andes, à la beauté des paysages.

      Je rejoins entièrement la critique de Jean-Baptiste Morain des Inrockuptibles, pour qui Neruda est «un biopic fantasmé et foutraque. [...] Nous sommes dans un faux conte à la Borges : Peluchonneau est autant une invention de Neruda (la figure, le fantôme du mal qui le poursuit), que Neruda débauché décrit par Peluchonneau n'est que le fantasme d’un flic idiot et réactionnaire, imbu de sa personne et rêvant d'être celui qui arrêtera l'artiste le plus emblématique de son pays. (…)» Mais je ne souscris pas à sa conclusion, qui semble d’ailleurs assez antinomique avec le début de sa critique, où il dit : « Le pari de Larraín est risqué et oblige parfois les acteurs à en rajouter dans les clichés, notamment García Bernal. Il n’est pas certain que le film se montre toujours à la hauteur de son scénario rusé. Il n’en demeure pas moins iconoclaste, sardonique, vachard, et témoigne d’une réelle originalité dans la forme en miroir de son récit. Le film est iconoclaste, sardonique, vachard, et témoigne d'une réelle originalité dans la forme en miroir de son récit ». Certes le film est iconoclaste… Quant à « l’originalité en forme de miroir du récit », je ne suis pas assez cinéphile pour en juger, mais je doute que d’autres réalisateurs plus talentueux que Pablo Larrain, n’y aient pas pensé avant lui.

      Le seul élément avec lequel je peux être d’accord, c’est lorsque le réalisateur montre l’extraordinaire impact qu’a eu la poésie de Neruda sur le peuple chilien, où on le lisait à haute voix dans les ateliers, dans les usines ou dans les champs et la notoriété dont il jouissait, même au fin fond des campagnes. Malheureusement, si le film fait allusion à l'écriture, pendant cette période, à l'un des plus importants poèmes de Neruda, El canto general (Le chant general), oeuvre protéiforme aux fulgurances étourdissantes, le seul poème que l'on entend répéter à satiété sur un ton grandiloquent est un extrait assez commun de "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée".

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