Actualité

Queens, le distrayant royaume des showgirls véreuses [CRITIQUE]

De l’audace et des bikinis, c’est ce que Lorene Scafaria propose en adaptant cette intéressante affaire judiciaire à l’écran. Des professionnelles de la cash-machine qui auraient galéré au box-office sans un casting prestigieux (Jennifer Lopez, Constance Wu, Lili Reinhart, …).

Ses soucis financiers poussent Destiny, jeune asiatique timide, à gagner sa vie dans le select club de strip-tease new-yorkais Moves. Mal à l’aise les premiers temps, elle est rapidement épaulée par ses collègues strip-teaseuses dont Ramona, véritable star du milieu. Après quelques mois à aguicher le gotha de Wall Street, Destiny se retire mais son mari la quitte. Pour subvenir à nouveau à ses besoins et élever correctement sa fille, elle est contrainte de renouer avec son ancien travail. La boîte est en danger. Les clients riches se font rares depuis le krach boursier de 2018. Les filles sont sur la paille. Ramona et Destiny s’associent alors avec d’autres strip-teaseuses et mettent en place une grosse arnaque pour soutirer un sacré paquet d’argent à leurs « loups de Wall Street ». Jusqu’à quelle limite ?

Le déhanché hypnotique de divas

Lorene Scafaria n’a pas de temps à perdre. Pour tourner son troisième long-métrage, la réalisatrice de Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare n’a pris qu’un mois. Le spectateur est balancé immédiatement dans le feu de l’action, au cœur des préparatifs des strip-teaseuses du club Moves. Peu de grâce et beaucoup de vulgarité vont bourrer ces trente minutes de démonstration d’effeuillage. Le sexy est exaltant mais parfois aussi lassant. Alors que la rappeuse Cardi B (Diamond) vient d’annoncer vouloir poursuivre sa carrière au cinéma, le film ne donne pas envie de revoir cette grossièreté personnifiée dans une nouvelle production. Le débit de ses paroles graveleuses mitraille les oreilles du spectateur à l’en assommer.

Son obscénité est pondérée par la classe que certaines filles, comme la Scream Queen Keke Palmer (Mercedes), peuvent dégager même en petite culotte. Incarnée par Jennifer Lopez, Ramona Vega est, elle, la papesse des lieux. Sur scène, son numéro de pole dance subjugue les clients. J-Lo corrobore son image publique de « bomba latina » pulpeuse. À force de faire tourner les têtes, elle a réuni le plus gros carnet d’adresses du club. La suprématie est avérée. Les choses peuvent se corser.

Queens, le distrayant royaume des showgirls véreuses CRITIQUE

Une histoire vraie ?

Destiny (Constance Wu) est la protégée de Ramona, qui l’accueille sous son manteau de fourrure avant de lui ouvrir sa liste de riches clients, ses « réguliers ». Ramona l’aide à se transformer en véritable femme fatale. Une arme redoutable, fortement utile, lors de la création de leur gang de voleuses. Elle est aussi la narratrice de l’histoire car Scafaria puise son scénario de faits réels. Bien que les noms aient été changés et quelques faits romancés, l’article The Hustlers at Scores, une affaire révélée en 2015, par la journaliste Jessica Pressler (jouée par Julia Stiles) du New York Times, en est la base. Une double temporalité, où le passé et le présent s’alternent, dynamise le récit. Il y a une part de thriller dans Queens. La ravissante Constance Wu, meilleure interprète du film, dérobe la place de la favorite à J-LO. On prend pitié pour le minois enfantin de cette mère célibataire dépassée par les événements.

Queens, le distrayant royaume des showgirls véreuses CRITIQUE

Les deux meilleures amies forment une bande de sulfureuses escrocs avec Annabelle (Lili Reinhart de Riverdale), un Vomito au féminin, et la séduisante Mercedes. Une alchimie convaincante dans cette union féminine détonante qui parvient à faire rire ! Leur combine fonctionne à merveille. Après avoir glissé de la drogue dans leur verre, les ensorceleuses vident les cartes bancaires. Chaque nuit, des milliers de dollars sont empochés. Elles doivent prendre maintenant plus de risques en harponnant des étrangers… Mais on ne joue pas longtemps au poker avec la justice. Les arnaqueuses les plus glamour se rhabillent pour la prison. Étonnamment superbement filmé, le film est servi par un casting populaire d’icônes, de J-Lo à Lili Reinhart, de Cardi B à Lizzo et de G-Eazy à Usher (qui fait un caméo presque risible par son kitsch). Encore faut-il accepter d’être dupé par l’illusion de certains actes amoindris et de personnages adoucis. Certes, la vraie Destiny étudiait au bar du club avant son ouverture mais elle n’a jamais travaillé pour offrir un revenu à sa pauvre grand-mère. La véritable Ramona compterait attaquer Queens pour diffamation. Encore une escroquerie ?

Queens, le distrayant royaume des showgirls véreuses CRITIQUE
Publié le 15 octobre 2019
Contenus associés