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Matthias & Maxime : la quête identitaire de Dolan [CRITIQUE]

Simple et efficace, le réalisateur québécois Xavier Dolan signe une ode à l'amitié dans ce film de potes reparti bredouille du Festival de Cannes. Une réussite mitigée mais sauvée par des personnages attachants et un final frappant.

Matthias et Maxime font partie d'une bande de six copains, amis depuis l'enfance. Les garçons partent en week-end dans la maison familiale de l'un des leurs. La jeune sœur de Rivette, Erika, étudiante en cinéma, doit tourner un court-métrage mais s'est faite planter par ses comédiens. Elle a besoin de deux acteurs et supplie les amis de son grand-frère de lui venir en aide. Perdants d'un pari, Matthias et Maxime, acceptent de s'y coller... Oups, l'information a été omise : la scène est l'échange d'un langoureux baiser entre les deux hommes, jusqu’à ce jour identifiés comme hétéros. Un instant qui va ébranler leurs certitudes, leur existence. Rien ne sera comme avant.

Après deux films, Dolan revient devant la caméra

Retour au Québec après une houleuse escale à Hollywood avec l'imparfait mais touchant Ma vie avec John F. Donovan ! Le réalisateur canadien est sur ses terres, entouré de son gang d'amis. Il est Maxime, un jeune trentenaire, sans emploi et sur le départ pour l'Australie. Sous son œil droit, une tâche de vin s'écoule sur sa joue, semblable à une larme. De ses compères, il est celui qui a la vie dure. Comme dans toute la filmographie de Xavier Dolan, le père est absent. L'obsession de la figure maternelle est, elle, réitérée.

Sa muse Anne Dorval est l'éternelle tête de l'emploi. Contrairement à J'ai tué ma mère, Les amours imaginaires et Mommy, cette maman-là est toxique, une teigne doublée d'une manipulatrice. Sous tutelle de son fils, elle sait l'amadouer en cas de nécessité financière. De toute la fine équipe, elle apparaît comme la seule génitrice qui n'a jamais su sympathiser avec les autres mères, toutes meilleures copines. La véritable famille de Maxime, c'est sa bande de potes. Dont Matthias.

Matthias & Maxime : la quête identitaire de Dolan CRITIQUE

Désirs réprimés

Gabriel d'Almeida Freitas incarne ce meilleur ami au lien si particulier depuis la primaire, si trouble depuis le baiser filmé. Un nouveau visage pour le public français mais surtout la révélation de ce long-métrage. Matthias a la trentaine, une copine qui partage sa vie depuis un moment et un super job dans un prestigieux cabinet d'avocats. La suite paraissait toute tracée pour ce grand ténébreux, jusqu'à que survienne le chamboulement.

À l'âge où la société leur impose de s'installer définitivement dans la vie d'adulte, comment accepter une complète remise en question ? Comment assumer ses doutes et ses tentations ? Les sacrifices en valent-ils la peine ? Face à l'émergence de sensations inconnues, Matthias est d'abord honteux et s'éloigne promptement de son ami. Marqué par ce tournage, il faut du temps avant de partager à nouveau le même cadre. Le jeu taiseux d'Almeida Freitas trahit une émouvante tension interne. Il implose, comme dans cette séquence, trop longue, de nage effrénée dans un lac, à en perdre son sens de l'orientation. La caméra scrute, attrape et se concentre sur les visages, les regards fuyants, les mouvements les plus discrets trahissant une attirance. Elle capte, avec pudeur, les doutes et les non-dits des deux amis.

Matthias & Maxime : la quête identitaire de Dolan CRITIQUE

L’alchimie est parfaite entre les comédiens principaux. Le rôle de Xavier Dolan est un amoureux avéré, décidé à ne plus lutter, mais résigné face au mur que l'autre installe. Problème, le temps d'action est limité. Il reste moins de deux semaines avant le décollage de Maxime pour l'Australie. Agir paraît donc vain. Les relations de la bande de copains hyper soudée se détériorent. Ainsi, le réalisateur filme le quotidien, l'intimité d'un groupe « hétéro » en osmose, pour lequel le spectateur est aisément pris d'affection. Chacun sa personnalité mais certains se démarquent plus que d'autres dans cette ambiance blagueuse et extravertie. Pier-Luc Funk joue le clownesque Rivette, toujours la vanne au bord des lèvres. Sa détestable sœurette est une dénonciation cinglante de l'utilisation du franglais au Canada. Trop pompeux pour les Québecois avec qui l'on rit jaune, l'overdose insupporte également le spectateur.

Song for Zula

Xavier Dolan est inattaquable sur la maîtrise du cadre et le travail esthétique apportés aux plans. C'est beau, comme toujours. Certaines images, telles celles du dessin d'enfants « La Ferme des M » co-dessiné par les protagonistes principaux, attendrissent. Le cinéaste dose les ralentis et expérimente des scènes comme une séquence de soirée trash dans un bar de strip-tease. Plus cru qu'à son habitude, l'instant est un miroir des pulsions humaines.

Le modernisme de la bande-son est au rendez-vous avec une ouverture sur l'aérien Looking for Knives de DYAN, en passant par du Britney Spears et un inattendu morceau d'Amir. L'ultime atout séduction : sa musique finale qui, comme pour Born to Die dans Mommy ou Bitter Sweet Symphony dans Donovan, saisit le spectateur sur les dernières secondes. Une fin qu’on attendait plus ou même pas du tout. La caméra montre le prévisible et l'on craint la déception. Xavier Dolan a plus de malice. Dans un mouvement de caméra inespéré, le travelling dévoile l’inattendu. Simple, sublime, tout ce qu’on espérait dans le fond. Une présence.

Matthias & Maxime : la quête identitaire de Dolan CRITIQUE
Publié le 14 octobre 2019
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