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Le boom du rajeunissement numérique, le nouveau lifting des stars

Hollywood craque pour cette révolution technologique dont l’utilisation ne cesse de croître dans les flash-backs. Derniers en date : Robert de Niro, Al Pacino, Samuel L. Jackson et Will Smith… Exemples de ravalements de façade et mode d’emploi expliqué par les professionnels des effets spéciaux !

Capter un instant à la caméra, c’est arrêter le temps et parfois même, le remonter. Figer la vie, à vie, sur la pellicule ou dans une vidéo. L’acteur serait-il l’humain s’approchant le plus d’un soupçon d’immortalité ? La tendance du rajeunissement numérique, ou « de-aging » pour nos amis anglophones, porte à le croire. Pas à pas, la technique s’est imposée comme un enjeu majeur pour l’industrie hollywoodienne. Trois des plus grosses attentes des cinéphiles en usent cette année. Après Samuel L. Jackson dans Captain Marvel, Will Smith s’offre un bon lifting dans Gemini Man. L’extraordinaire trio septuagénaire de The Irishman, dernier Martin Scorsese, jubile. Al Pacino, Robert De Niro, Joe Pesci s’offrent, eux aussi, une cure de jouvence dont le résultat s’admirera sur Netflix à l’automne. Interrogée par Yahoo Movies UK, la monteuse du film Thelma Schoonmaker justifiait l’utilisation de la technologie par une obligation scénaristique : « Dans la première moitié du film, les personnages sont jeunes et puis, dans la deuxième moitié, ils jouent leur propre âge. C’est donc un grand risque ». Un effet visuel qui leur permet de jouer Jimmy Hoffa, Frank Sheeran et Russell Bufalino à différents âges sans faire appel à d’autres acteurs. Un aperçu de l’impressionnant travail accompli par les effets spéciaux est visible dans la toute récente bande-annonce et à de quoi rendre jaloux tous les chirurgiens esthétiques de Los Angeles !

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Tous fous de chirurgie esthétique… Pardon, numérique !

L’élixir est presque devenu viral ces dernières années avec une forte prolifération dans les blockbusters. Ridley Scott avoue, à Empire Magazine, l’envisager pour Sigourney Weaver dans les prochains films de la franchise Alien. Ego apparaît jeune dans Les Gardiens de la Galaxie Vol 2 alors que le comédien Kurt Russell est âgé de 66 ans. Le traitement est le même pour Arnold Schwarzenegger dans Terminator Genisys et pour Jeff Bridges dans Tron : l'héritage. Fini les rides pour Colin Firth dans une scène du passé de Kingsman : Le Cercle d’Or. La tentation était trop grande après que le rajeunissement de Michael Caine dans le premier volet, Kingsman : Services secrets, ait été supprimé ! L’une des séquences les plus marquantes reste le combo de X-Men : l’Affrontement Final. Ian McKellen et Patrick Stewart retournent dans la jeunesse de leurs personnages Magneto et Professeur Xavier : les mutants ont aussi le droit à un déridage !

Carrie Fish et le rajeunissement numérique

Dans la liste des coupables du remodelage, on retrouve le Tony Stark de Robert Downey Jr. dans Captain America : Civil War, Michael Douglas en Dr. Hank Pym dans Ant-Man et la Guêpe ou encore Johnny Depp en version foireuse de Jack Sparrow imberbe dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar. L’iconique Princesse Leia se débarrasse de quarante ans dans Rogue One : A Star Wars Story qui montre l’actrice Carrie Fisher à l’époque du tout premier Star Wars. Lors de ces quelques secondes de nostalgie, Peter Cushing ressuscite à travers la recréation synthétique de son personnage Grand Moff Tarkin. Disney et Marvel démontrent être particulièrement lancés dans la voie du rajeunissement numérique ! Et le phénomène n’est pas uniquement cinématographique puisqu’Anthony Hopkins, incarnant le Docteur Robert Ford, perd quelques années dans la série Westworld.

Ian McKellen et Patrick Stewart rajeunis dans X-Men

Manuel de rénovation faciale qu’à portée des experts

Une seconde jeunesse sans injection de botox grâce à de minutieuses manipulations informatiques… Comment ça fonctionne ? Les spécialistes de ces effets, comme Industrial Light & Magic, Lola Visual Effects ou Method Studios, oscillent entre deux méthodes : la 2D ou la 3D. La première approche impose une étude poussée de son sujet : le comédien à rafraîchir. Les équipes recherchent un maximum d’archives, dans des films ou émissions de télévision, pour le retranscrire dans ses moindres mimiques. Les images d’époque, de l’âge que l’on veut donner à l’acteur, sont une source d’inspiration primaire. Sur ordinateur, on modèle la peau, les yeux, la forme du visage et du corps qui seront recoupés plus tard avec des prises de vues actuelles de la personne concernée. L’apparence est modifiée à l’aide de différents procédés : le clonage, la peinture numérique, le patching, un jeu sur les flous et les lumières, …

Robert Downey Jr adolescent dans Captain America

John Knoll, superviseur des effets visuels de Rogue One: A Star Wars Story qualifie le processus de « une façon super high-tech, et de forte intensité pour la main-d'œuvre, de faire du maquillage ». La seconde technique, moins utilisée car plus longue et plus coûteuse, consiste à scanner numériquement l’acteur afin d’en créer un modèle 3D. Thomas Nittman, qui a œuvré sur X-Men : L’affrontement final, expliquait au magazine Première : « On utilisait essentiellement du compositing (NDLR : ensemble de méthodes numériques consistant à mélanger plusieurs sources d'images pour en faire un plan unique) en 2D et 2.5 D. Mais maintenant on se sert beaucoup de la 3D : modélisation du visage à la période visée, création d’un squelette numérique, animation, tracking 3D… ».

Johnny Depp et le de-aging raté

Cela peut nécessiter une implication plus physique de l’acteur. Gary Brozenich, superviseur VFX sur le cinquième Pirates des Caraïbes, se confie à Yahoo Movies UK : « L’acteur performe devant la caméra et puis on travaille à partir de ça. Ce que vous voyez dans le film, ce n'est pas un Johnny Depp généré par ordinateur, c'est en fait sa véritable performance en Jack Sparrow qui a été modifiée pour le faire ressembler à une version plus jeune de lui-même ». Pour Christopher Townsend, en charge des effets spéciaux des Gardiens de la Galaxie Vol 2, l’expérience est similaire : « Le studio Lola a identifié plusieurs acteurs avec une structure faciale semblable à celle de Kurt Russell. Pour le tournage, Russell et Schwartz étaient habillés à l'identique. Le maquillage a été appliqué à Russell pour lui donner une apparence plus jeune, les deux portaient des marqueurs de suivi sur leurs visages. Russell exécutait d’abord la scène, puis Schwartz l’imitait. Grâce à VFX, ces prises ont été combinées avec quelques images synthétiques supplémentaires pour créer le look final, image par image » confesse-t-il au Hollywood Reporter.

Arnold Schwarzenegger est rajeuni dans Terminator Genysis

Une altération de l’expérience cinématographique ?

Ces doubles conçus par des ordinateurs surpuissants, CGI (Computer-Generated Imagery), entraînent quelques questionnements. Martin Scorsese l’utilise mais s’avoue dépassé comme le rapporte The Guardian : « Est-ce que la technologie change les yeux ? Si c'est le cas, qu'est-ce que j'aimais dans ces yeux ? C'était de l'intensité ? C'était une certaine gravité ? C'était l’impression d’une menace ? Et comment le récupérer ? Je ne sais pas ». Outre l’irrécusable coût astronomique de l’opération, qui explique pourquoi seuls les studios ayant les moyens s’y attaquent, le rajeunissement numérique ne semble pas être une nécessité. Pourquoi ne pas choisir d’autres comédiens pour incarner une version passée des protagonistes ? Ce cheminement risque de profiter uniquement aux grandes stars qui ne souffriront plus de la limite d’âge de certains rôles. Les flash-backs peuvent-ils être évités ou présentés d’une autre manière ? Le cinéma se modernise, l’éthique des cinéastes changera-t-elle aussi ? Dans quelques années, à cause (ou grâce ?) des progrès VFX, pourra-t-on peut-être voir une distribution entièrement constituée de vedettes hollywoodiennes ressuscitées… Que du bonheur le lifting !

Publié le 7 août 2019
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