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Francis Ford Coppola fait de nouvelles révélations, quarante ans après Apocalypse Now

Pour l’anniversaire des 40 ans d’Apocalypse Now, Coppola sort une version longue et finale de son film. L’explosif director’s cut est l’occasion de donner quelques éclairages sur son chef-d’œuvre guerrier. Scénario ? Absent. Drogues ? Présentes. Film anti-guerre ? Hmm, hésitation. Il en profite pour mettre un tacle à Harvey Weinstein et mitraille plus largement le fonctionnement du tout Hollywood.

Apocalpyse Now est un de ces films qui laisse un arrière-goût terreux dans les bouches ensanglantées. Une frappe atomique de 1979 qui bouscula sauvagement la mise en scène de la guerre à l’écran. L’avoir vu, c’est encore avoir l’impression de pouvoir sentir l’odeur du napalm dans l’air… Et pas qu’au petit matin. C’est « L’horreur… L’horreur… » de la guerre du Viêt Nam, comme le répète Marlon Brando en Colonel Walter E. Kurtz. Une épineuse page de l’Histoire dont se saisit avec vigueur Francis Ford Coppola, allant jusqu’à mener un tournage chaotique mais immersif en pleine jungle des Philippines. La production relatait ses péripéties légendaires dans le documentaire Aux cœurs des ténèbres : L'Apocalypse d'un metteur en scène, une plongée dans les coulisses grâce aux extraits tournés par Eleanor Coppola. Une Palme d’Or, deux Oscars, deux Golden Globes et quatre décennies plus tard, le réalisateur reprend les rênes de son montage pour en libérer la « version définitive » de ses rêves.

Caméo de Francis Ford Coppola, nouvelle version de Apocalypse Now

« Disneyland, c’est encore mieux ici ! » et encore plus avec le final cut !

S'adressant au Guardian, Francis Ford Coppola dépose les armes pour une confrontation pleine de croustillantes confidences. La boue, les moustiques affamés et les cadavres (entiers ou en morceaux) du camp vietnamien sont loin lorsqu’il reçoit le journaliste Kevin Perry EG dans son domaine viticole d’Inglenook (Californie, États-Unis). C’est dans ce manoir qu’il vient de terminer la restauration, la coupe finale, de son film après deux années dédiées à cet ouvrage. Une œuvre culte a-t-elle besoin de retouche ? « Ce qui est considéré comme avant-gardiste à un moment est, vingt ans plus tard, utilisé comme papier peint et devient une partie de la culture. Il semblait que c'était ce qui s'était passé avec Apocalypse Now » annonce l’octogénaire.

Ce rafraîchissement imposé se justifie avant tout par la frustration des concessions créatives faites à la première sortie d’Apocalypse Now. « J'ai vraiment l'impression que cette nouvelle version accomplit plus de choses que le thème en a apporté dans n'importe laquelle des versions précédentes ». Le livre Hearts of Darkness de Joseph Conrad est d’autant plus exploité comme base scénaristique : « Il faut se rendre compte que lorsque je l’ai fait, je n'avais pas de scénario. Je faisais le film à partir des passages de cet ouvrage que j’avais soulignés » explique celui qui a donné vie à la trilogie du Parrain. Apocalypse Now : Final Cut dure 3h22 contre 2h27 pour l’original.

« Dennis Hopper avait négocié un peu de cocaïne en échange de son rôle » - Francis Ford Coppola, entretien avec The Guardian.

La violence et les ennuis étaient légion

Alors, c’est un film anti-guerre ou pro-guerre ? Question ardue à laquelle le patriarche du clan Coppola s’aventure sans peine à répondre : « Personne ne veut faire un film pro-guerre, tout le monde veut faire un film anti-guerre. Mais j’ai toujours pensé qu’un film anti-guerre devrait être comme La Harpe de Birmanie de Kon Ichikawa : quelque chose rempli d'amour et de paix, de tranquillité et de bonheur. Il ne devrait pas y avoir de séquences brutales qui inspirent une soif de violence ». Avant d’affirmer : « Apocalypse Now comprend des scènes où des hélicoptères attaquent des innocents, ça remue. Ce n'est pas de l'anti-guerre. Un film anti-guerre ne peut pas glorifier la guerre et ce film le fait sans doute. Certaines séquences ont été utilisées pour faire en sorte que les gens soient belliqueux ».

L’absurdité de la guerre jouait avec les nerfs de la production, jusqu’à sur place pendant le tournage : « Les hélicoptères qu'il avait loués au gouvernement philippin ont disparu à plusieurs reprises pour aller prendre part à des combats réels, luttant contre une insurrection dans le sud du pays » transcrit le journaliste du Guardian. Les conditions difficiles apportent du réalisme aux plans mais derrière la caméra, c’est l’angoisse. L’équipe les contrebalançait avec une forte consommation de drogues, comme l’avoue le réalisateur : « Dennis Hopper avait négocié un peu de cocaïne en échange de son rôle. Moi, je n'ai jamais pris de drogue de ma vie, à l'exception de l'herbe », dit-il. « J'ai trouvé que l'effet que l'herbe avait sur moi était intéressant parce qu'il me rendait extrêmement concentré. Si je fumais un joint, je ne pouvais pas m'endormir. Je voulais travailler donc je restais éveillé toute la nuit pour réécrire le scénario. J'ai testé la cocaïne, mais j'ai trouvé ça très désagréable. C'était trop. En ce qui concerne Dennis Hopper, Dieu sait ce qu'il faisait ». Valait-il peut-être mieux être déchiré au milieu de toute cette recréation de la barbarie ?

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola revient en version longue et restaurée

Une bombe au napalm lâchée sur la mécanique hollywoodienne

Si Francis Ford Coppola a su surmonter toutes les embûches en travers de son film, il reconnait aisément qu’il a eu la chance d’être épaulé par un studio qui a pris des risques… Ce qui ne serait plus le cas, aujourd’hui. Le pouvoir change de camp et Hollywood n’hésite pas à mettre la corde au cou des réalisateurs : « Il n'y a plus le contrôle des choses extraordinaires que l’on peut faire dans un film. Pas seulement post-production mais de toute la production ». « L'histoire d'Hollywood s’explique par ceux qui la détiennent. Autrefois, Hollywood appartenait à des personnages comme Sam Goldwyn, Darryl Zanuck et Jack Warner, qui étaient aussi vulgaires et abusifs que Harvey Weinstein. Je ne le pardonne pas, c'était terrible comment ils étaient, mais la différence était que les producteurs aimaient les films » expose Coppola. « Aujourd'hui, les propriétaires de l'industrie cinématographique ont supprimé de très nombreuses étapes. Ce sont des entreprises de télécommunications qui empruntent une énorme somme d'argent pour être en mesure d'acheter Universal ou CBS, donc tout ce dont ils se soucient est de se servir de leur prêt » s’indigne-t-il.

« Le cinéma n'est pas industriel, il est indépendant [...] Nous sommes dans une floraison de l'art cinématographique, je le sens » - Francis Ford Coppola

Le papa de Sofia Coppola se rassure grâce aux prémisses d’une relève affranchie : « Nous avons une double industrie du cinéma. Nous avons les studios, dont nous savons qu’ils reproduisent inlassablement les mêmes films et puis, il y a l’entreprise fertile du cinéma indépendant, qui sont les jeunes qui ont de l’avenir. C’est le cinéma. Le cinéma n’est pas industriel, il est indépendant. Même ce deuxième âge d’or de la télévision vient des personnes qui souhaitaient faire du cinéma comme nous l’avons fait dans les années 70 mais n’étaient pas autorisés. Alors, ils se sont tournés vers la télé. Nous sommes dans une floraison de l'art cinématographique, je le sens. C'est juste qu'ils filment encore grâce aux cartes de crédit de leurs parents ». Young, wild and free, un cri de ralliement qui va toujours à ravir à papy Francis ! Son « final cut » promet plus de liberté avec notamment une dose supplémentaire de Martin Sheen en capitaine Willard, de Robert Duvall en lieutenant-colonel Kilgore, de playmates avec leurs lapins Playboy, de planches de surf et même une apparition de son fils-défunt Gian-Carlo Coppola en figurant. L’enfer, en plus long, revient en salles le 21 août !

Les playmates d'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola
Publié le 12 août 2019
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