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Critique de Nevada : Matthias Schoenaerts, l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux

Passé par Sundance et produit par Robert Redford, Nevada ouvre les portes du système pénitentiaire américain, dans toute sa rudesse et toute son humanité. On y va au galop !

En une fraction de seconde, Roman déraille. Douze ans entre les murs d’une prison de l’ouest américain l’attendent. Un rouleau de PQ, une tenue de rechange et une serviette dans les bras, Roman Coleman se retrouve dans sa nouvelle cellule. Lorsque l’on rencontre l’homme, ce n’est pas tant son passé qui compte. Sa peine comme son motif ne sont dévoilés qu’à la fin du long-métrage. L’important est le travail sur soi et les moyens proposés aux incarcérés pour apprendre à se canaliser. Roman intègre un programme de réhabilitation sociale, une rééducation orientée vers le dressage de chevaux sauvages, animaux tout aussi rétifs et imprévisibles que lui. En plein désert du Nevada, les mustangs sont capturés pour être dressés avant d’être revendus aux enchères. L’une des prises est assez virulente. Le cheval est isolé dans un cabanon comme le personnage principal plus tard enfermé dans un cachot. La gronde monte de l’enclos comme le bouillonnement intérieur du taciturne Roman. Les coups de sabots attirent son attention. Deux voyous à fleur de peau qui vont devoir s’apprivoiser.

Matthias Schoenaerts dans Nevada de Laure De Clermont-Tonnerre

Deux bêtes au sang chaud

Certains humains sont sauvages comme des animaux et capables de l’être encore plus. La prison est un milieu hostile où l’insécurité règne. Dans la cour, un joueur de basket provoque un chauve en pleine gonflette en lui balançant un ballon sur son crâne lustré. Le combat de boxe est évité de justesse. Plus tard, l’égorgement d’un taulard, en public, ne pourra l’être. Le douteux colocataire de Coleman le menace pour obtenir de la kétamine, un anesthésique utilisé par le vétérinaire. S’il n’en vole pas, c’est sa fille qui trinquera. Dehors, il y a des hommes de main. Roman est enrôlé dans ce trafic de drogues.

La réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre montre l’apaisement par la thérapie, étape par étape, comme dans son court-métrage prémonitoire Rabbit. Roman n’a qu’une visite, celle de sa fille enceinte. Elle vient pour lui faire signer une procédure d’émancipation. Gideon Adlon, présente également dans la série The Society, a la force de son père et la tempérance qu’il n’a jamais eues. À l’arrière-plan de ce face à face est installé un photo call, une image kitsch d’une plage paradisiaque avec coucher de soleil. Souriantes, les familles s’amusent à poser devant avec leur proche détenu. Mais reverront-ils un jour un paysage pareil ?

Matthias Schoenaerts dans Nevada de Laure De Clermont-Tonnerre

Redresse-toi, cowboy !

Il ne veut plus revoir sa fille Martha, nom qu’on retrouve tatoué le long de son bras, mais poinçonne sa photo à côté de son lit. Il bat à coups de poings sa monture, qui lui répond à coups de sabots, puis les deux sont réunis dans une multitude de gros plans affectueux. Distants et pourtant si similaires, le duo Schoenaerts/Marquis fonctionne superbement bien. Lors d’une scène de tempête à haute tension, Marquis accepte enfin le lasso autour de son cou. On assiste à une belle scène d’émotion et de confiance entre le couple.

Les captations du désert rocheux du Nevada donnent de magnifiques plans d’ensemble. Le troupeau est au galop, monté par les prisonniers en tenue orange. Le côté « brute » de ces hommes est contrebalancé par un délicat fond de musique classique où résonnent les violons de Jed Kurzel. La liberté semble si proche mais n’est pourtant pas pour tout de suite. Peut-être même jamais pour Roman ? La caméra desserre le plan, deux voitures de police entourent ces faux évadés. Le superbe final n’est pas le dernier moment d’émotion. Au générique, les « acteurs » du film se dévoilent être de vrais ex-détenus et posent, un par un, avec leur mustang.

Nevada, au cinéma le 19 juin 2019

Publié le 14 juin 2019
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