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Critique de Dirty God : la fureur de vivre après une attaque à l’acide

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Sacha Polak livre un film choc. Vicky Knight, une « grande brûlée », incarne Jade, une jeune fille défigurée à l’acide. Une puissante histoire de chair et de caractère.

« Je pensais que c’était de l’amour » relate notre héroïne en voix off. Cette romance-là finira au tribunal. Jade n’a pas trente ans lorsque Kieran, son ancien copain, lui vole son visage. Dans un élan de colère, elle pensait qu’il lui renversait du café dessus. En fait, non. L’acide dégouline le long de son corps, la ronge : « C’était ma peau. Elle pendait ». Après un long séjour à l’hôpital, elle retourne dans son appartement en banlieue londonienne qu’elle partage avec son aimante mère, vendeuse à domicile. Rae, deux ans, pleure car elle a peur de cette dame qui ne ressemble plus trop à maman. Son masque en silicone de grande brûlée est rapidement délaissé pour sortir en boîte de nuit avec sa meilleure amie Shami, parfait spécimen de télé-réalité. L’apprentissage de sa nouvelle vie commence sans plus tarder.

« Dark Vador mais en beaucoup plus sexy »

La violence de l’agression est envoyée en pleine figure du spectateur, imposée dès la scène d’ouverture avec des gros plans de chair meurtrie. Cette « peau de serpent » comme l’appelle Jade. Par-delà l’ampleur des dégâts, Sacha Polak ajoute judicieusement un morceau intitulé « Human ». La chanson clame « Je suis de chair et d’os. Je suis cicatrice, je suis humaine » comme l’Elephant man de David Lynch, épié comme une bête de foire, s’écriant « Je ne suis pas un animal, je suis un être humain ». Le personnage de Jade souffre du regard des autres.

Vicky Knight dans Dirty God

Pour se protéger du monde, elle décide de tester la burqa où elle se sent en sécurité. On ne voit plus que ses beaux yeux bleus. Pour la première fois, elle danse dans une succession de plans aériens au ralenti. Au camouflage, se substitue le dénudement. Pour se sentir aimer, elle va exhiber son corps en ligne. Deux reflets d’elle-même s’entrecroisent dans une scène de surimpression colorée, elle s’y perd. La reconstruction faciale lui apparaît comme la meilleure solution.

Ce souvenir de son ex, inscrit sur son corps, est aussi dans sa tête. Le criminel réapparaît dans trois scènes oniriques où il la fixe sans émotion ou l’embrasse. Il est recouvert d’un plumage noir et de griffes aiguisées. L’hirondelle en plein vol, tatouage partagé par le couple sur leurs poignets, s’est transformée en corbeau ou vautour. Une dernière fois, le fantôme émerge de la foule d’une boîte de nuit pour laisser s’échapper une sublime envolée d’oiseaux au milieu des néons. Libre, l’hirondelle peut sortir de sa cage.

Knight, chevaleresque pour une belle cause

La reconstruction post-traumatique d’une victime d’attaque à l’acide est un sujet rarement porté à l’écran. Filmé dans un milieu popu’ à la Ken Loach, le drame s’atténue lors de séquences débridées, trashs et colorées, accompagnées de musiques éclectiques. En se confrontant avec beaucoup de courage au monde extérieur, le personnage de Jade étonne. Plus encore, Vicky Knight, infirmière de profession, détonne pour sa première fois à l’écran. Survivante d’un incendie meurtrier à 8 ans, ses cicatrices lui valent d’être surnommée « Freddy Krueger » par ses camarades de primaire. L’incendie et l’acide ont, certes, défiguré Vicky et Jade mais n’ont pas réussi à les détruire. On ne peut qu’espérer revoir l’actrice !

Dirty God, au cinéma le 19 juin.

Publié le 17 juin 2019
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