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Compétition : Annecy déroule le tapis rouge pour les œuvres en réalité virtuelle

Pour la troisième année consécutive, la VR a sa propre compétition au Festival international du film d’animation d’Annecy. Neuf créations combattent pour le Cristal de la meilleure œuvre et on les a testées.

Le Festival d’Annecy, c’est la montagne, le lac, des films, des avions en papier qui traversent les salles, des bruits d'animaux avant la projection et des cris « Lapiiiiin » dès que la mascotte apparaît à l'écran. Il y a du fun mais aussi du sérieux. Toutes ces compétitions en sont la preuve. La petite dernière, fraîchement mise en place depuis 2016, n’a pas l’affluence de ces grandes sœurs. Pourtant, ces œuvres immersives à la pointe de la technologie nous font rentrer en 360°, et avec beaucoup d’onirisme, dans des mondes divers. Les équipes techniques n’étaient pas présentes pour défendre leurs créations, dommage. Nous n’avons pas pu jouer à Gloomy Eyes, Ayahuasca – KosmiK Journey ou Wolves in the Walls mais voici les six pour lesquelles on a enfilé le casque !

Edvard Munch ouvre le bal avec son tableau, le plus mythique, Le Cri. Ce hurlement muet s’accroche aux cimaises d’une salle d'exposition blanche. Ici, il n’y a que lui. L’utilisateur, debout, peut s’en approcher pour en admirer les moindres détails comme la signature de l’artiste. Une voix sans corps raconte la vie du peintre, ses rêves et tourments. On pourrait croire que le cercle de déplacement à nos pieds réduit le champ des possibles. Sentiment rapidement aboli par l’interaction offerte avec l’œuvre. La peinture en crée d’autres. En la touchant, le joueur est transposé dans des paysages qui semblent infinis. Le cercle de confinement devient un étroit radeau au milieu d’une mer rouge sang qu’on est contents de voir là. Mise en abyme artistique ludique et originale, cette proposition biographique use bien des effets de son et de lumière, de la vidéo 360°. On aime !

L'oeuvre VR *Nothing to be Written* est réalisée par le britannique Lysander Ashton

Voyages virtuels

Nothing to be Written est la touche de poésie de cette sélection. Ses développeurs britishs s’inspirent des lettres envoyées par les soldats au front lors de la Première Guerre Mondiale. Sous nos yeux, une pluie d’écrits déferle. On s’y perd, on ne peut pas tout lire mais, au fond, on sait bien que c’est la même histoire. Il y a ceux qui espèrent revenir, les correspondances avec les familles, et ceux qui ne reviendront plus, les annonces de décès. Avec la manette, on peut saisir un papier et l’approcher pour le déchiffrer nettement. Le décor principal est le hall d’une maison. Nous sommes dans le couloir et nous attendons, sûrement, le retour de quelqu’un. Le temps passe. Cet espace se superpose à celui des tranchées. Le ciel couchant, rosâtre, tourne à l'orangé à cause des bombes qui éclatent dans le ciel. Un personnage masculin passe la porte du domicile, nous fixe et vient nous apporter une ultime lettre. Émouvant.

Comme son nom le laisse présager, Gymnasia se déroule dans une salle de sport désaffectée. C’est cool, on a l’impression d’être en pleine session d’Urbex ! Puis ça se complique, on n’a pas l’air d’être seuls. Il y a des bruits suspects, des ombres enfantines qui courent sur les murs et l’air se remplit de ballons voltigeurs. Un nouveau volet de Paranormal Activity ? Pour en rajouter, des bambins en forme de poupées articulées font leur apparition. Le plus flippant, c’est quand ils tournent brusquement leurs têtes pour fixer les yeux de l’intrus... Vous. Aux pieds du joueur, il y a une tête de bébé avec un papillon géant sur le visage. Un petit air creepy à la Silence des Agneaux pour cette œuvre 3D en stop motion.

*Aperçu du jeu en réalité virtuelle Doctor Who - The Runaway*

De l’Afrique du Sud aux USA, mini tour du monde de la VR

Les rêveurs se perdent, il faut y remédier. Un botaniste paumé (The Lost Botanist) incite les joueurs à entrer dans son monde merveilleux. Le déluré a besoin de compagnie dans cet univers fantasque aux mille couleurs et objets aériens. Perdu dans cette caverne d’Ali Baba, l’hôte doit y retrouver des éléments, suggérés explicitement par une voix, dans le décor. Quand le sésame est dans le champ de vision, il suffit de fixer la trouvaille pour débloquer un nouvel espace. Résultat ? Bien que l’esthétique soit digne d’un pays merveilleux, le jeu n’a pas grand intérêt et ressemble à un point and click en manque de dynamisme. Frustrant, surtout quand on comptabilise les bugs qui obligent à rester plus longtemps que prévu sur un objet pour qu’il soit reconnu et sélectionné.

Lorsque le nom d’une série tant appréciée est réutilisé dans le titre d’un jeu, on s’attend à une certaine qualité. Malheureusement, ce n’est pas un gage de réussite pour Doctor Who - The Runaway. Après avoir longuement attendu pour pouvoir le tester, le casque VR nous immerge directement à l’intérieur du vaisseau spatial Tardis. La coéquipière du docteur nous accueille. Cette gentille blonde, un peu trop bavarde, nous assomme d’informations. Le temps paraît bien long, surtout pour le peu d’interactions en douze minutes de jeu. L’espace circulaire est travaillé en profondeur. Dans le dos du joueur, au bout du couloir, c’est un plaisir de remarquer la cabine téléphonique bleue. Culte ! Mais il en faut bien plus pour rendre ce voyage interstellaire intéressant.

Le Tx-reverse 360°, il ne faut peut-être pas chercher à le comprendre. Il s’admire comme un délire bizarroïde d’un fan d’art contemporain. Dans une salle de cinéma, le public entier se tourne vers un seul spectateur. L’utilisateur a tous les regards, traversés par diverses émotions, dirigés vers lui. En plus, l’image est dupliquée, tordue, étirée… Le petit trip psychédélique de la compétition.

Publié le 13 juin 2019
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